Glamour à l’italienne

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 17 décembre 2007

On n’avait pas vu depuis un moment dans cette institution parisienne des photographies comme celles de Federico Patellani. Ses tirages noir et blanc dégagent en effet un doux parfum nostalgique, celui de la dolce vita, des stars de cinéma glamour, rappelant la gloire de Rome et de ses fameux studios de Cinecittà. C’était un temps où la télévision n’existait pas, où l’image assénait encore une vérité, où elle n’était pas aussi omniprésente qu’aujourd’hui. Patellani est un grand photoreporter italien dont l’œil critique a balayé bien des conflits et des situations. Les reportages photographiques choisis pour cette exposition ne sont pas ceux des années 1930, lorsque l’armée italienne s’aventurait en Afrique orientale, ni même les fameux clichés réalisés pour l’hebdomadaire Tempo, lorsque Patellani s’était rendu sur le front russe ou à Milan, ravagée par les bombardements. Ces images ont certes concouru à la gloire du photographe mais c’est son incursion dans le milieu des concours de beauté – comme celui de Miss Italie qu’il suivit de 1949 à 1951 – qui est aujourd’hui célébrée. Entre anecdote et critique, on peut y découvrir l’innocence et la fraîcheur de jeunes modèles anxieux d’affronter le verdict des mensurations ou attendant leur passage devant les juges, ainsi qu’une série radicale de faces-profils systématiques.
Le charme suranné de ces photos opère aussi sûrement que Paris redevient, comme tous les ans au mois de mars, la capitale de la mode, le marché du mannequinat et de la beauté où candeur et amateurisme sont fortement déconseillés. Mais ici, sous l’œil un tantinet macho de Patellani, le manque d’assurance et de professionnalisme de ces filles revêt un sex-appeal nettement plus séduisant qui a su également attirer l’ardeur de grands producteurs de cinéma de l’époque. D’ailleurs, Gina Lollobrigida, Sofia Loren ou Silvana Mangano sont toutes passées devant l’objectif perspicace de Patellani et lui ont offert sa consécration.
La biographie de ce photographe mentionne une formation de peintre et d’avocat, mais ne dit pas s’il collectionnait les femmes autant que ses modèles. Pourtant, lorsqu’on regarde avec quelle justesse il les a photographiées, on devine qu’il cherchait à percer le jeu de la féminité.

PARIS, Centre national de la photographie, 11 rue Berryer, VIIIe, tél. 01 53 76 12 32, 12 mars-1er juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°545 du 1 mars 2003, avec le titre suivant : Glamour à l’italienne

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