Lundi 10 décembre 2018

Gianadda et Pouchkine à l’unisson

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 23 septembre 2009 - 386 mots

Martigny, Suisse. Là, encaissée dans un cirque de montagnes, équidistante des places fortes de la finance, la fondation Gianadda poursuit imperturbablement sa politique muséale.

Depuis trente ans, l’institution helvète accueille au cœur des alpages des expositions notoires et conjugue, souvent intelligemment, qualité et quantité. Après Modigliani, Klimt et Balthus hier, la fondation présente aujourd’hui cinquante-cinq tableaux partageant le même pedigree : celui musée du Pouchkine de Moscou. En acceptant de se dessaisir une seconde fois – après l’expérience fructueuse de 2005 – de certaines pièces majeures, le musée moscovite dévoile à nouveau dans la fondation valaisanne la richesse exceptionnelle de ses collections, certain que l’écrin n’altère en rien la splendeur des bijoux. Bien au contraire, l’austère bunker de Martigny permet de redécouvrir les pépites qui peuplent la Galerie de l’art des pays d’Europe et d’Amérique des xix-xxe siècles telle qu’elle fut récemment inaugurée dans le prestigieux musée Pouchkine. De Courbet à Picasso en passant par Monet et Gauguin, les artistes exposés composent un remarquable abécédaire de l’art moderne où seul le chef-d’œuvre semble avoir eu droit de cité. Le Pont de la Ville d’Avray (vers 1865) de Corot, merveille d’onctuosité et de silence, la Danseuse chez le photographe (1875) de Degas, pleine de grâce et de vulnérabilité, La Reine Isabeau (1909) de Picasso, madone cubiste passée entre les mains de Vollard puis de Kahnweiler, ou encore ces Fleurs dans un vase blanc (1909) de Matisse, nature morte criarde de vérité : majuscule, la Beauté s’égrène sur les cimaises lumineuses, insensible à la rumeur des années. Est-ce parce qu’ils proviennent de Russie que ces tableaux ainsi réunis et présentés résument admirablement la modernité la plus orthodoxe ? Est-ce parce qu’ils disent la somptuosité de la création européenne et la prodigalité du collectionnisme russe – celle des Tretiakov, Chtchoukine et Morozov – qu’ils sont désormais des icônes de l’art moderne ? Anthologique, presque symphonique, l’exposition est un hymne à la peinture, cette grande peinture qui, avec une régularité de métronome, donna le « la » à l’orchestre du Monde. Nul hasard, donc, à ce que Cecilia Bartoli vînt à Martigny pour en chanter la beauté…

« De Courbet à Picasso. Le musée Pouchkine de Moscou », fondation Pierre Gianadda, rue du Forum 59, 1920 Martigny (Suisse), tél. 00 41 27 722 39 78, www.gianadda.ch, jusqu’au 22 novembre 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°617 du 1 octobre 2009, avec le titre suivant : Gianadda et Pouchkine à l’unisson

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