Vendredi 26 février 2021

Art ancien

XIXE SIÈCLE

François Biard, artisan reporter

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 3 février 2021 - 514 mots

Une présentation de ce peintre presque oublié met en lumière ses œuvres inspirées par ses voyages et son observation de la vie sociale.

Paris. Le 5 juillet 1845, le peintre François Auguste Biard (1799-1882) pénétra, sur les talons d’un commissaire de police, dans une garçonnière où il comptait surprendre sa femme, Léonie Thévenot d’Aunet, en galante compagnie d’un acteur de boulevard. Il fut bien étonné de la trouver au lit avec Victor Hugo. Les deux protagonistes masculins de ce vaudeville appartenant à l’entourage de Louis-Philippe, le scandale fut plus ou moins étouffé. Cependant, la fine, jolie et amoureuse Léonie, âgée de 24 ans, fut emprisonnée. Louis-Philippe commanda quelques œuvres à Biard à condition qu’il accepte de ne pas porter plainte contre la jeune femme et son amant. Assez vite libérée, séparée de son mari, Léonie devint journaliste et écrivaine. C’est en souvenir de cette scène et en discret hommage à Léonie d’Aunet que la Maison de Victor Hugo présente une rétrospective de François Biard.

L’intérêt de cette exposition riche de près de 150 œuvres est de voir Biard sous un nouvel angle, car il n’est connu que pour un petit nombre de toiles extrêmement différentes : on peut citer Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des Tombeaux au nord du Spitzberg, effet d’aurore boréale (1841, voir ill.), Quatre heures, au Salon (1847) et Proclamation de la liberté des Noirs aux colonies (1849). Comment concilier des inspirations aussi diverses ? Le commissaire, Vincent Gille, donne une clé dans le catalogue : « Biard ne cesse […], dans son œuvre, de raconter des histoires. »À la différence des artistes dont le trait dominant est la recherche esthétique, et dont l’histoire de l’art souligne à juste titre l’importance, ce peintre était un fabricant d’images, d’ailleurs célébrissime auprès du grand public à l’apogée de sa carrière.

Des milliers de croquis

Fils d’artisan, Biard était lui aussi un artisan. Après être brièvement passé par l’atelier de Pierre Révoil, lyonnais comme lui, il s’est fait embaucher par un fabricant de papiers peints. Selon son biographe, Louis Boivin, il y retouchait des scènes imprimées sur toile. C’est là qu’il apprit probablement à peindre et sut que son métier serait avant tout un commerce. Bien que remarquable praticien, il y comprit sans doute également qu’il n’était pas nécessaire de finir le tableau dans ses moindres détails si les parties qui devaient frapper le spectateur étaient bonnes. Cette habitude fait ressembler certaines œuvres de l’artiste aux toiles peintes pour les décors de théâtre où le fond est flou et certains visages sans traits définis.

Biard était donc un conteur et aussi un reporter. À côté de scènes burlesques, il peignait des tableaux historiques ou tirés de la littérature. Il était très intéressé par la vie réelle et les faits de société. Surtout, il aimait voyager et rapporter de ses aventureux périples des milliers de croquis. Revenu à l’atelier, il en tira des œuvres souvent captivantes dans lesquelles les visiteurs du Salon purent découvrir la vie des Samis ou des Amérindiens, mais aussi prendre conscience de la persistance de l’esclavage de l’autre côté de l’Atlantique.

François Auguste Biard, peintre voyageur,
initialement jusqu’au 11 avril, Maison de Victor Hugo, 6, place des Vosges, 75004 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°560 du 5 février 2021, avec le titre suivant : François Biard, artisan reporter

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