Mercredi 12 décembre 2018

Aix-en-Provence (13)

Flux ininterrompus de violences graphiques

Fondation Vasarely du 1er avril au 21 mai 2017

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 16 mars 2017 - 307 mots

Dans le cadre des 14e Rencontres du 9e art d’Aix-en–Provence, une gigantesque «Â fresque » de 52 m de long, Bastokalypse, se déploie à la Fondation Vasarely. Artistes polymorphes (graphistes, peintres, sculpteurs…), M. S. Bastian & Isabelle L., tous deux nés en Suisse, respectivement en 1963 et 1967, ont donné forme à un travail de surgissement des plus secrètes pulsions de souffrance et de mort préfigurant la fin des temps.

D’innombrables et torrentueuses sensations émergent d’un chaos dessiné et peint en noir et blanc où les blancs surgissent aussi durs que les noirs. Égarements, détresse, cauchemars, de terrifiantes surprises font sauter les couvercles d’une fureur tout autant cinglante que morbide. Des forces de désespoir et de mort, des foisonnements de désordre et de terreur confrontent le spectateur à des scènes grimaçantes où toutes les forces d’amour et de vie volent en éclat. Réalisée entre 2007 et 2010, montrée pour la première fois en France, cette apocalypse contemporaine renoue avec des images parfois identifiables. Konrad Tobler commente, dans le beau livre consacré à cette œuvre : « Le lieu où la Bastokalypse est implantée a plusieurs noms. C’est une topographie de l’effroi et de la terreur, sur laquelle s’étendent les ombres de lieux presque impossibles à énumérer : Verdun, Guernica, Oradour, Lidice, Katyn, Stalingrad, Dresde, Hiroshima, My Lai, Kambodscha, Rwanda, 9/11, Abu Ghraib – sans parler des innombrables camps d’extermination comme Auschwitz, Treblinka ou Majdanek et de goulags comme Kolyma ou Workuta. » Des références à l’iconographie apocalyptique apparaissent ici et là. Callot, Goya, Otto Dix, King Kong, Max Beckmann, Katsushika, Hokusai, Hiroshige, Paul Klee, les frères Chapman, Jacques Tardi, entre autres fantômes, affleurent dans ce dantesque cauchemar graphique. Précisons que les réalisations de M. S. Bastian et d’Isabelle L. ne sont pas toujours aussi noires. Paradis mystérieux, 100 Vues de  Bastropolis ou Pulp évoquent des univers clairement plus allègres. Qu’en sera-t-il d’Eurocalypse, leur prochain projet évoquant une réalité riche en rebondissements peu prévisibles ?

« Bastokalypse »

Fondation Vasarely, 1, avenue Marcel-Pagnol, Aix-en-Provence (13), www.fondationvasarely.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°700 du 1 avril 2017, avec le titre suivant : Flux ininterrompus de violences graphiques

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