Dimanche 8 décembre 2019

Floraison assombrie

À Toulouse, première édition du Printemps de septembre

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2001 - 600 mots

Inaugurée une semaine après l’explosion de l’usine AZF, la première édition du Printemps de septembre à Toulouse a été assombrie par la catastrophe. Épargnées par les modifications de programme, les expositions peinent à affirmer cette « nouvelle formule » du Printemps de Cahors, même si elles réservent des coups d’éclats. Ce festival consacré à la photographie et aux arts visuels attendra peut-être l’année prochaine pour être à la mesure de ses ambitions.

TOULOUSE - Le Printemps de Cahors aura duré dix ans. Après une période de croissance pendant laquelle le festival, originellement dédié à la photographie, a fait une part de plus en plus belle aux arts plastiques, son déménagement – à la suite de conflits avec la municipalité – pour Toulouse a valeur de nouvelle étape. Malheureusement, une semaine après l’explosion de l’usine AZF dans le quartier du Mirail, le Printemps de septembre ne pouvait pas plus mal tomber. Et une partie des concerts et spectacles, aptes à drainer un large public, a été annulée, tant il est vrai que l’ambiance ne portait pas à la fête. Enfin, si le festival était un événement annuel dans une ville comme Cahors, il doit aujourd’hui s’imposer comme une manifestation culturelle supplémentaire dans l’agglomération toulousaine. Là, il profite toutefois de sites exceptionnels comme le couvent des Jacobins qui laisse entrevoir un avenir plus enjoué.

Épargnées par les événements, les expositions ont été confiées à la critique anglaise Val Williams qui a choisi, sous le titre de “Théâtre du fantastique”, d’explorer les images évoluant à “la lisière entre réel et imaginaire”. Déjà très couru à Cahors (“Extra et ordinaire” en 1999), le thème n’a pas réellement imposé une “nouvelle formule”.

Contrairement aux photographies convenues de David Lynch (un coup dur de plus pour le mythe du génie universel !), le choix des artistes réserve pourtant quelques surprises. Première d’entre elles, Katharina Bosse. Réalisée entre 1998 et 1999 par la jeune new-yorkaise, la série Realms of signs, Realms of senses dévoilent d’étranges intérieurs sexués dont le traitement oscille entre froide objectivité et transfert fantasmatique. Shimon Attie signe, lui, avec White Nights, Sugar Dreams une triple projection obsédante, où le sang se mêle au sucre pour une évocation plus qu’onirique du diabète. Quant à la Britannique Sophie Ansar, désormais attelée à la poésie, elle réconcilie, avec une manière toute victorienne, images d’enfances et photographies de fantômes dans la série When the doorbell rings, we all run and hide. Malheureusement, la sélection n’est pas sans déceptions comme les Voyages imaginaires de Didier Massard, au bord du kitsch, ou les portraits européens d’Albrecht Tübke. Autre déconvenue, l’accrochage, qui, à l’exception notable de la juxtaposition des travaux citadins de Pierre Faure et des recherches post-modernes de Ryuta Amae, ne brille pas par ses ambitions. C’est justement dans ce domaine que la programmation vidéo établie par Stéphanie Moisdon pour le Bureau des vidéos (Bdv) a su ouvrir de nouvelles pistes. Complété par une programmation en plein air au bord de la Garonne, l’espace installé dans la cour de la Fondation Bemberg inaugure, par le biais de casques sans fil et de projections sur écrans suspendus, un nouveau mode de diffusion de la vidéo, propre à permettre des échanges entre les œuvres. Le long d’un court parcours, le visiteur est invité à se promener entre les boucles d’images d’Ugo Rondinone, Sylvie Fleury, Michael Smith et Mark Leckey. Obéissant au regard, le son semble alors sauter d’une station radio à une autre : une expérience finalement cinématographique.

- PRINTEMPS DE SEPTEMBRE, jusqu’au 14 octobre, information à l’École des beaux-arts, quai de la Daurade, Toulouse, tél. 05 62 27 14 00, www.printempsdeseptembre.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°134 du 12 octobre 2001, avec le titre suivant : Floraison assombrie

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