Flash-back sur trente années de création

L'ŒIL

Le 1 juin 2006

La rétrospective présentée au Jeu de paume permet de saisir l’évolution du travail de Cindy Sherman, les préoccupations qui s’en dégagent et les interrogations qu’il soulève depuis 1975.

«Gamine, je jouais à me déguiser et, même lorsque j’étais étudiante, je portais tout ce maquillage. Je voulais voir jusqu’à quel point je pouvais me transformer. »
Depuis 1977, le maquillage et les costumes, les masques et les prothèses participent, dans l’œuvre de Cindy Sherman, d’un jeu sur l’identité. La sienne, mais aussi celle de la société dans laquelle elle évolue, envisagée dans un rapport constant à l’imaginaire collectif.
C’est pourquoi ses photographies, très travaillées, renvoient tour à tour à la mode, au cinéma, à la publicité. Mais aussi à la peinture, lorsque l’artiste choisit de se grimer à la manière d’une Vierge de Raphaël ou d’un Bacchus du Caravage.

Tout Cindy Sherman en deux cent cinquante photographies
En privilégiant de façon presque exclusive les personnages féminins, Cindy Sherman donne à ses œuvres une dimension typologique, mais aussi critique du statut de la femme dans la société américaine.
Extravagantes ou graves, grinçantes ou violentes, ses images partent du réel pour s’ouvrir à un univers singulier où le fantastique n’est jamais loin. Même dans ses clichés les plus sombres semble percer le jeu, le désir d’une mise en scène théâtrale, parfois outrancière, qui vient semer le trouble.
Sous l’artifice se cachent des visions cauchemardesques, comme dans les séries Fairy Tales (1985) ou Disasters (1986-1989) qui utilisent des prothèses, des fragments de mannequins. Au milieu des années 1990, l’usage fréquent de masques offre à l’artiste la possibilité d’utiliser indirectement sa propre image. Les personnages deviennent objets.
La figure du clown, dans la série réalisée en 2003-2004, résume à elle seule les préoccupations de l’artiste. Grotesque et pathétique, le clown renvoie au divertissement autant qu’à la mélancolie.
En deux cent cinquante images, la rétrospective du Jeu de paume rassemble les différentes séries de Cindy Sherman depuis ses débuts. Le choix d’un accrochage chronologique est judicieux, tant l’œuvre se construit série après série, allant toujours plus loin dans la réflexion.
Le parcours révèle toute la cohérence d’une œuvre à première vue légère, qui ne peut laisser indifférent par son mystère et ses ambiguïtés, aux frontières de l’autobiographie et de la fiction.

Autour de l’exposition

Informations pratiques La rétrospective « Cindy Sherman » est à voir jusqu’au 3 septembre, le mardi de 12 h à 21 h, du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h et le week-end de 10 h à 19 h. Tarifs 6 € et 3 €. Paris, Galerie nationale du Jeu de paume, 1, place de la Concorde, VIIe, tél. 01 47 03 12 50, www.jeudepaume.org, accès par le jardin des Tuileries.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°581 du 1 juin 2006, avec le titre suivant : Flash-back sur trente années de création

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