Lundi 10 décembre 2018

Festival d'expositions à Avignon

La scène envahit les cimaises

Le Journal des Arts

Le 4 juillet 1997 - 789 mots

Comme chaque été, Avignon se place sous le signe du Festival. Du costume de scène à la fiction dramatique, les expositions déclinent volontiers le thème du théâtre. \"Histoires Tissées\", la grande manifestation organisée par le Palais des Papes et le Petit Palais, ne déroge pas à la règle, s’attachant avant tout à explorer l’univers codifié de la narration médiévale.

Pour cette 51e édition du Festival, les organisateurs jouent la carte de l’innovation en présentant dans la cour d’Honneur Le Visage oublié, d’Olivier Py, et Dédale, de Philippe Genty. Mais 1997 sera aussi l’année des hommages et des rétrospectives, avec "Cinquante ans de Théâtre à travers le Festival d’Avignon" et la présentation des costumes des principales créations de Jean Vilar. Réalisés par des artistes comme Léon Gischia, les costumes de Richard II, Lorenzaccio, Macbeth ou du Songe d’une nuit d’été montrent l’importance que Jean Vilar accordait à "l’union bénéfique de la couleur et du théâtre". En prologue de cette exposition, "L’art en Coulisse" met en lumière le savoir-faire des artisans du costume, qui contribuent à la transmission de techniques et de motifs ancestraux en continuant à produire velours, damas et brocatelles.

Le visiteur peut retrouver ce chatoiement des tissus au Petit Palais, où 25 tableaux italiens du Moyen Âge et de la Renaissance, choisis pour la qualité de leur représentation textile, dialoguent avec les étoffes précieuses dont ils s’inspirent. Ces affinités ornementales éclairent la symbolique des tableaux et révèlent l’existence de contacts culturels et marchands avec des civilisations lointaines. Dans une dernière partie, l’exposition aborde les relations de dépendance entre peinture et arts précieux. Alors qu’au Trecento, Allegretto Nuzi s’applique à reproduire fidèlement la matière et les motifs d’un magnifique brocart dans sa Vierge de Majesté entourée de six anges, au Quattrocento, lorsque la peinture s’affirme comme l’art majeur et noble par excellence, l’influence s’inverse. Les maîtres du textile s’efforcent à leur tour d’imiter certains effets picturaux et commandent leurs cartons à des artistes renommés, tels que Botticelli ou Pollaiolo.

Ce phénomène se vérifie notamment pour l’art de la tapisserie, dont on peut voir cet été un brillant exemple dans la Grande chapelle du Palais des Papes : les douze pièces tissées de la Vie de saint Étienne. Cette tenture de chœur, commandée vers 1500 pour la cathédrale d’Auxerre, étonne par la modernité de sa composition, l’habileté des enchaînements et le réalisme des personnages,  autant de traits qui témoignent d’une connaissance approfondie des dernières recherches des Primitifs flamands. L’intervention d’un peintre pour établir la maquette et les cartons est manifeste. Il s’agit probablement de Colyn de Coter, un émule de Van der Weyden. Pour faciliter la lecture des 23 épisodes de la vie de saint Étienne, quelque 80 sculptures, ivoires, albâtres, vitraux et enluminures de la Renaissance sont présentés à côté de la tapisserie. Comme dans une représentation dramatique, les personnages interprètent leur rôle selon une chorégraphie très codifiée, que l’on retrouve d’œuvre en œuvre. Les peintres médiévaux s’inspiraient en effet souvent des "mystères" joués sur le parvis des églises.C’est ce lien étroit entre arts plastiques et théâtre qui sert de point de départ aux créations de deux artistes contemporains, Bill Culbert et Jean-Marc Ferrari. Le premier met en scène des éléments du décor quotidien avignonais, qu’il transfigure par un éclairage de néons de façon à recréer l’atmosphère décalée et inquiétante des romans de Chandler et de Kafka. Réparties entre deux lieux d’exposition, ces installations sur le thème de la fiction se présentent comme un jeu de piste pour le visiteur. Parallèlement, Jean-Marc Ferrari monte un dispositif optique composé de glaces, lentilles et sources lumineuses dans une salle du Musée Lapidaire. Située au beau milieu des pièces archéologiques de la collection Calvet, cette scénographie détournée est un clin d’œil à l’ambivalence du miroir – fabrique de chimères et objet de connaissance, un peu comme le théâtre…

HISTOIRES TISSÉES, LA LÉGENDE DE SAINT ÉTIENNE, jusqu’au 28 septembre, Palais des Papes, 2 place du Palais des Papes, tél. 04 90 27 50 74, tlj 9h-18h.
HISTOIRES TISSÉES, BROCARTS CÉLESTES, jusqu’au 28 septembre, Musée du Petit Palais, Palais des archevêques, tél. 04 90 86 44 58, tlj sauf mardi et jours fériés 9h-19h.
CINQUANTE ANS DE THÉÂTRE À TRAVERS LE FESTIVAL D’AVIGNON, 11 juillet-2 août, Saint-Louis d’Avignon, tél. 04 90 27 66 50, tlj 11h-18h.
COSTUMES EN FESTIVALS, L’ART EN COULISSE, tout l’été à partir du 11 juillet, Maison Jean Vilar, 8 rue de Mons, tél. 04 90 86 59 64, tlj 11h-18h30.
BILL CULBERT, INCIDENT IN MARLOWE’S OFFICE, 13 juillet-29 septembre, Musée Calvet et Cité Guillaume Apollinaire (navette gratuite), tél. 04 90 86 33 84, tlj sauf mardi 13h-19h.
JEAN-MARC FERRARI, TÉNÈBRE SECRÈTE DU DIEU SANS MODE, 13 juillet-29 septembre, Musée Lapidaire, tél. 04 90 85 75 38, tlj sauf mardi 13h-19h.

Remises à neuf
Le 12 juillet prochain, la première tranche de travaux de réaménagement du Musée Calvet prendra fin avec l’inauguration de la salle Victor Martin. Ce nouvel espace, situé au rez-de-chausée, accueillera une sélection d’œuvres de Soutine, Glaize, Dufy, Utrillo et Marie Laurencin, léguées dans les années cinquante par Joseph Rignault et Victor Martin. Le musée comble ainsi une lacune importante, puisqu’il n’exposait pas d’art moderne jusqu’alors. En attendant la réouverture complète des salles, prévue pour l’an 2000, le public pourra voir cet été, outre les œuvres précédemment citées, l’essentiel des donations Puech et Calvet : sculptures du XIXe siècle, objets d’art du Moyen Âge et de la Renaissance, peintures du XVIe siècle au Romantisme, ainsi que 200 pièces d’argenterie. En revanche, le Musée Louis Vouland restera fermé jusqu’à la rentrée, un projet de climatisation ayant révélé une faiblesse des poutres et exigé des travaux de consolidation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°41 du 4 juillet 1997, avec le titre suivant : Festival d'expositions à Avignon

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