Vendredi 23 février 2018

Petit Palais

Fernand Pelez fait son cirque au Petit Palais

L'ŒIL

Le 19 novembre 2009

Fernand Pelez. Son nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, souvenez-vous…

Certaines de ses peintures figuraient déjà en 2004, au Grand Palais, dans la controversée exposition de Jean Clair sur la figure de l’artiste en clown : « La grande parade ». Tandis que celle-ci montrait le caractère ambivalent du clown, à la fois bouffon et tragique, volontairement ridicule ou pathétique, oscillant entre rire et souffrance, l’exposition monographique « Fernand Pelez », que nous propose cette fois le Petit Palais, ne témoigne que d’une seule obsession : celle de la déchéance des artistes, des saltimbanques, des femmes et des enfants dont le peintre se fait la voix, par l’image.
   
À voir l’étrangeté de sa peinture, l’on ne devinerait jamais que cet artiste est passé par l’atelier d’Alexandre Cabanel, un des maîtres les plus académiques de cette seconde moitié du XIXe siècle.     Pelez s’en détache dans les années 1880 en même temps qu’il s’affranchit de la peinture d’histoire pour embrasser la nouvelle tendance « naturaliste » propice aux sujets contemporains. Dès lors s’imposent une curieuse facture et des sujets à la limite du photoreportage : des teintes sourdes en camaïeu, des compositions planes, des poses hiératiques dépeignent des enfants harassés, en guenilles, endormis sur un trottoir au coin d’une rue ; en arrière-plan, des murs lézardés, des affiches lacérées annonçant la prochaine fête du quartier à laquelle ces personnages ne semblent avoir le cœur.
   
Dans les grandes compositions et travaux en séries, ses clowns et ses danseuses prennent une allure christique sur fond de spectacle désenchanté. Même si un misérabilisme outrancier et une rigidité des formes nuisent parfois à l’intention de l’artiste, cette exposition met en lumière une peinture étonnamment engagée dénonçant, à la manière de la littérature de cette fin de xixe, les injustices et les souffrances que l’homme inflige à l’homme. Ainsi la « grande parade » laisse place à celle des humbles.

« Fernand Pelez, la parade des humbles », Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe, tél. 01 53 43 40 00, www.petitpalais.paris.fr, jusqu’au 17 janvier.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°619 du 1 décembre 2009, avec le titre suivant : Fernand Pelez fait son cirque au Petit Palais

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