Mardi 18 décembre 2018

Thématique

Fenêtre sur cours, cloîtres et patios

Le Journal des Arts

Le 17 janvier 2017 - 650 mots

Le Musée des Augustins propose une lecture inédite et originale de l’histoire de l’art sur le thème des cours, révélant des peintres méconnus dans une balade riche et élégante.

TOULOUSE - C’est en traversant le grand cloître du Musée des Augustins que l’on pénètre dans la nouvelle exposition de l’institution toulousaine dévolue aux cours dans la peinture européenne du XVIe au XXe siècle. Cette élégante mise en abyme, comme une mise en bouche, ne déçoit pas : l’exposition « Fenêtres sur cours », clin d’œil au chef-d’œuvre d’Hitchcock, est une réussite.

Le commissaire, Axel Hémery, a conçu le parcours « comme une porte qu’on ouvrirait sur des cours en enfilade et sur le regard des peintres ». Pour éviter les redites et l’écueil de l’énumération, les œuvres sont organisées selon la typologie des cours et leurs fonctions : atriums antiques, patios orientaux, cloîtres religieux, cours de ferme, de palais… Le corpus semble avoir été choisi selon le pouvoir d’évocation de la scène représentée : « Ce sont des tableaux qui racontent des histoires entre architecture et paysage, confirme Axel Hémery, avec beaucoup de noms, je l’espère, “très inconnus”. » Et parmi les œuvres emblématiques de l’exposition, aux côtés de Corot, Vuillard ou Bonnard, ce sont ces artistes à tout le moins méconnus qui impressionnent.

À ce titre, le choix de Santiago Rusiñol (1861-1931) est audacieux. Le Patio bleu (1891, Musée de Montserrat, Espagne) constitue l’affiche de l’exposition. De cet artiste espagnol étrange et inclassable, morphinomane sujet à des crises mystiques, le parcours propose trois autres tableaux, où l’intimisme et le mystère prédominent. Dans la section consacrée aux cours religieuses figure Le Cloître de Sant Benet de Bages (1907, coll. Banco Santander). Les accents chromatiques de ce cloître roman font de cette scène une vision hallucinée profondément moderne, comme si un filtre numérique avait été apposé sur une touche postmoderne.

Memento mori
Autre découverte du parcours, l’Italien Gianfilippo Usellini (1903-1971), lui aussi inclassable, entre surréalisme et Peinture métaphysique. Le Parachute (1936, Galerie des Offices, Florence) offre une scène naïve, où un parachutiste atterrit dans la cour d’un couvent, effrayant dans sa chute les religieuses. La technique archaïque de la tempera sur bois alliée à une atmosphère presque joyeuse et enfantine confèrent une certaine étrangeté à l’œuvre. Ce même sentiment prédomine dans Le Nuvole (1937, Musée national d’art moderne, Paris) où un matelassier prélève le coton des nuages pour exécuter son ouvrage, sous le regard de deux enfants représentés en surplomb de la cour.
Le visiteur peut donc comprendre chaque tableau de manière autonome, tant les œuvres se suffisent souvent à elles-mêmes. Mais la volonté du commissaire est aussi de montrer comment la cour a été perçue et traitée en Europe sous tous les climats, du Nord au Sud. À la théâtralité et opulence des cours de palais des artistes italiens du XVIIIe siècle, répondent les memento mori et les ruines des artistes français du XIXe siècle, contemplant les ravages de la Révolution sur le patrimoine.

Certes, l’arbitraire dans la sélection des pièces, une des forces de l’exposition, se révèle parfois une faiblesse. La section « La cour comme lieu de vie » paraît ainsi hétéroclite et bancale, tant l’échantillonnage fait le grand écart dans les scènes et les périodes. En fin de parcours, « La cour comme théâtre de l’histoire », si elle souffre du même défaut, offre cependant des moments exceptionnels de peinture. Le Docteur Pinel libérant les aliénées à la Salpêtrière en 1795 (1876, Fnac), un très grand format de Tony Robert-Fleury restauré pour l’occasion, est présenté au public pour la première fois depuis son dépôt, dans un lieu inaccessible, à la Salpêtrière. La force et la puissance de cette œuvre académique légitime le travail de restauration et la volonté du commissaire de révéler la toile à Toulouse.

Fenêtres sur cours

Commissariat : Axel Hémery, directeur du Musée des Augustins, conservateur en chef du patrimoine
Nombre d’œuvres : env. 90

Fenêtres sur cours. Peintures du XVIe au XXe siècle

Jusqu’au 17 avril, Musée des Augustins-Musée des beaux-arts, 21, rue de Metz, 31000 Toulouse, www.augustins.org, tlj sauf mardi, 10h-18h, jusqu’à 21h le mercredi, entrée 8 €. Catalogue, coéd. Musée des Augustins/Liénart, 240 p., 29 €.

Légende Photo :
Santiago Rusiñol, Le Patio bleu, 1891, huile sur toile, 112 x 79 cm, Musée de Montserrat. © Montserrat, Museu de Montserrat. Donaciò J. Sala Ardiz.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°471 du 20 janvier 2017, avec le titre suivant : Fenêtre sur cours, cloîtres et patios

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