Cannes (06)

Fautrier et le papier

Centre d’art La Malmaison, jusqu’au 26 avril 2015

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 22 janvier 2015 - 316 mots

L’un est un collectionneur fou de l’œuvre de Jean Fautrier, l’autre rêvait depuis dix ans de l’exposer. Castor Seibel et Frédéric Ballester, directeur de La Malmaison, sont les initiateurs inspirés de cette belle exposition resserrée autour de son œuvre graphique.

Pour Fautrier, œuvre dessiné et gravé ne signifiait pas ensemble secondaire par rapport à son œuvre peint. La pratique graphique est au contraire, pour lui, une donnée et une interrogation essentielles. Et si l’on suit l’éloge de Malraux, l’homme serait « le plus grand graveur du XXe siècle ». Ses recherches entreprises à partir de 1925 se développent  surtout après 1940. Les lithographies en couleur pour L’Enfer de Dante, révèlent en 1928 une propension à travailler les formes dans le sens d’une non-figuration en dissolvant le trait par des fractures magmatiques répétées. Elles inaugurent la pratique d’une expression nouvelle qui donne son nom à  l’Art informel. À partir de 1930, il utilise un support de papier marouflé recevant un enduit épais rehaussé d’un graphisme et de teintes à l’aquarelle ou au pastel, chaque sujet traité se manifestant au travers de sa matière dans une sensation fugitive. C’est dans cette technique qu’est réalisée la série des Otages, expression « transfigurée » du drame de la vie. Elle est aussi le point de départ de variations nouvelles sur le paysage, l’objet, le nu, avec notamment ces sublimes pastels abstraits, sortes de taches évanescentes en mouvement, ciel, mer, nuages mêlant leurs suggestions, ou ces Tranches d’oranges incandescentes que ne renierait pas un Rothko. Des nus, Fautrier en a dessiné beaucoup qui illustrent ici son cheminement vers l’abstraction : depuis ceux accompagnant le poème de Ganzo, Lespugue, pas si informels que cela, en passant par les torses de L’Enragé de Jean Paulhan réduits à ces formes organiques aux multiples replis, jusqu’aux nus abstractisés réalisés pour l’ouvrage de Francis Ponge. Un régal de subtilité, tant sur le plan iconographique que scénographique.

« Jean Fautrier. La figuration libérée, œuvres graphiques »

Centre d’art La Malmaison, 47, boulevard de La Croisette, Cannes (06), www.cannes.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°676 du 1 février 2015, avec le titre suivant : Fautrier et le papier

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