Far west

Faire vibrer la nature morte

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 24 février 2015 - 450 mots

Le Musée du Louvre éclaire les origines de la nature morte américaine du XIXe et clôt ainsi sa quadrilogie.

PARIS - L’aventure américaine du Musée du Louvre s’achève avec le quatrième et dernier volet du partenariat « New Frontier », consacré cette fois à la tradition de la nature morte. Le commissariat de l’exposition-dossier revient à Stephanie Heydt, conservatrice au High Museum of Art d’Atlanta, l’un des trois autres partenaires du projet avec la Terra Foundation for American art de Chicago et le Crystal Bridges Museum of American Art de Bentonville. Comme pour les précédents volets, le vaste sujet abordé par « Fastes et fragments » n’est illustré que par une poignée d’œuvres piochées dans les collections des quatre institutions. Si la sélection d’une dizaine de tableaux est ici parfaitement ciblée, elle n’est pas exclusivement américaine.

Ainsi  les toiles de Jean-Siméon Chardin (Pipe et vase à boire, v. 1737, Paris) et d’Abraham Mignon (Fleurs dans une carafe de cristal placée sur un piédestal en pierre, avec une libellule, 1660-1670, Paris) témoignent de l’influence déterminante de la peinture européenne des XVIIe et XVIIIe siècles sur la tradition américaine. Le sens de l’instantanéité du premier, chez lequel la pipe rougeoyante fume encore, et le souci du détail et de l’abondance du second, amateur de petites bêtes grouillant dans les fleurs à peine cueillies, sont autant de particularismes que les peintres américains ont adoptés, puis adaptés.

Expression d’une réalité américaine
« Ces peintres peignaient ce qu’ils voyaient et ce que leurs clients connaissaient », explique Stephanie Heydt. La nationalité des tableaux se reconnaît donc à la nature des trésors de la nature et des produits de l’agriculture locale, tel cet épi de maïs et ce melon fraîchement coupés chez Raphaelle Peale (Maïs et cantaloup, v. 1812, Bentonville) ou, chez Joseph Ord, ces coquillages que l’on ne trouve que sur la côte Est américaine (Still Life with Shells, v. 1840, Atlanta). Ces éléments ne tardent pas à prendre une dimension symbolique voire patriotique, à l’instar de ces pommes chez William Sydney Mount (Fruit Piece : Apples on Tin Cups, 1864, Chicago), en référence à celles qu’offraient les enfants du Nord aux soldats de l’Union.

Une fois les influences européennes digérées, la créativité prend le relais. « Fastes et fragments » est l’occasion de savourer quelques bijoux issus de la tradition du trompe-l’œil, grand succès commercial de la fin du XIXe siècle. Une paire de binocles prête à l’emploi, des billets verts plus vrais que nature ou une chopine sur le point de se renverser… Humour, matérialisme ou encore critique de la classe politique dénoncée pour ses faux-semblants, ces trompe-l’œil symbolisent l’esprit de l’exposition : sous un air bien sage, ils ont beaucoup à dire.

New Frontier IV. Fastes et fragments. Aux origines de la nature morte américaine

Jusqu’au 27 avril, Musée du Louvre, 34-36 quai du Louvre, 75001 Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf mardi 9h-17h30, 9h-21h30 le mercredi et le vendredi, entrée12 €. Catalogue, Marquand Books (Seattle), 64 p., 10 €, également disponible en anglais.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°430 du 27 février 2015, avec le titre suivant : Faire vibrer la nature morte

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