Isabey

Expo miniature

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 18 novembre 2005 - 530 mots

La Malmaison rend hommage au portraitiste de l’Empereur.

 RUEIL-MALMAISON - Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), portraitiste attitré de l’Empire, ne pouvait rêver mieux que le château de Malmaison (à Rueil-Malmaison, Hauts-de-Seine), demeure de l’impératrice Joséphine, pour accueillir sa rétrospective. « Jean-Baptiste Isabey, peintre de l’Europe » lève le voile sur les talents de miniaturiste, paysagiste, décorateur et caricaturiste de cet artiste dont la réussite sociale est en elle-même remarquable.
Né à Nancy, ce fils d’épicier fait ses armes de miniaturiste auprès de Jean Girardet, peintre du roi Stanislas Ier, apprend l’art du paysage avec Jean-Baptiste Claudot avant d’intégrer l’atelier de Jacques-Louis David à Paris. À la manière d’un Joshua Reynolds, le peintre a la chance de gravir les échelons au bon moment. Son talent profite pleinement de la vogue de la miniature, cette nouvelle habitude de garder les représentations des êtres chers à portée de main. Pendant un demi-siècle, il est de tous les milieux officiels et son habileté le fait rencontrer Marie-Antoinette, intégrer la Cour, réaliser des portraits de députés de l’Assemblée nationale, s’affirmer comme artiste patriote et républicain, s’immiscer dans l’intimité de Joséphine et de l’Empereur, et immortaliser le Congrès de Vienne !

Portraits polis
Les œuvres présentées ici retracent cet itinéraire des plus ambitieux, et toute la haute société de son époque, qu’elle soit royale, républicaine ou impériale, est présente à la Malmaison. Les miniatures sont raffinées ; les portraits, polis ; les paysages, italiens ; et les caricatures, sociales ou politiques. Pas un poil de rouflaquette, pas un accroche-cœur n’échappe au pinceau de l’artiste. Si l’ensemble des modèles accuse une certaine froideur, on relève quelques exceptions comme la fierté d’Arthur Wellesley, duc de Wellington décoré de la Toison d’or, ou l’esquisse du sourire de Marc Antoine Désaugiers, compositeur et auteur de romances. La somptueuse Table d’Austerlitz (1812) symbolise l’excellente collaboration du peintre avec la Manufacture de Sèvres. Parfois, un trait de plume peut devenir un bijou, à l’image de cette petite silhouette de Napoléon sur ivoire incrusté sur un cadre en bois (1813).

Mini-rétrospective
La renommée de miniaturiste de Jean-Baptiste Isabey serait-elle à l’origine du format réduit de la rétrospective ? Certes, les moyens de la Malmaison ne sont pas ceux du Musée du Louvre, et nombre d’œuvres, fragilisées par la lumière, n’ont pu être exposées. Au regard d’un catalogue clair et instructif, il est regrettable que les recherches menées par l’équipe des commissaires, et leur réflexion sur la destinée du peintre, ne transparaissent pas dans l’accrochage. Dans une scénographie inspirée du décor néogothique conçu par Isabey pour sa propre exposition à Londres en 1820, les œuvres, nombreuses, auraient mérité un éclairage plus soigné épargnant les jeux d’ombres et les reflets malvenus. Même les loupes, utilement mises à disposition des visiteurs, ne permettent pas une observation satisfaisante des miniatures. Ce fils d’épicier nancéien qui connut une ascension fulgurante jusqu’à devenir l’un des peintres attitrés de l’Empereur méritait plus d’égards.

JEAN-BAPTISTE ISABEY

- Commissaires : François Pupil, historien de l’art, professeur à l’université de Nancy-II, assisté d’Alain Pougetoux, conservateur au Musée national du château de Malmaison, et Bodo Hofstetter, historien de l’art - Nombre de salles : 5 - Nombre d’œuvres : 182, dont 154 de J.-B. Isabey - Nombre d’artistes : 30

JEAN-BAPTISTE ISABEY (1767-1855), PORTRAITISTE DE L’EUROPE

Jusqu’au 9 janvier 2006, Musée national du château de Malmaison, avenue du Château, 92500 Rueil-Malmaison, tél. 01 41 29 05 55, www.chateau-malmaison.fr, tlj sauf mardi 10h-12h et 13h30-16h30, jusqu’à 17h le samedi et dimanche. Catalogue, éd. RMN, 176 p., 230 ill., 35 euros, ISBN 2-7118-4873-6.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°225 du 18 novembre 2005, avec le titre suivant : Expo miniature

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