Art non occidental - Collectionneurs

XIXE SIÈCLE

En voyage avec Henri Cernuschi

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 18 janvier 2024 - 536 mots

PARIS

L’Italien aux multiples vies est parti en Orient pour dissiper sa tristesse. Il en a rapporté des milliers d’objets d’art japonais et chinois aujourd’hui au cœur de son musée.

Paris. L’an dernier, le Musée Cernuschi fêtait les 150 ans du retour d’Asie du grand collectionneur qui l’a fondé, le Milanais Henri Cernuschi (1821-1896). C’était un homme de convictions, élu député de la République romaine en 1848, emprisonné en 1849 et exilé en France en 1850. Banquier, il s’oppose en 1869 à Napoléon III qui le fait expulser. De retour après la chute de l’Empire, il devient patron de presse et obtient la nationalité française après l’armistice de 1871. Mais il ne se remet pas de n’avoir pu sauver son rédacteur en chef, exécuté par les communards : en septembre 1871, il prend, avec son ami le critique d’art Théodore Duret, la route de l’Asie dont ils ne rentreront qu’en janvier 1873. Du voyage entamé par le Japon et terminé en Inde, il rapporte 5 000 objets, une collection d’art asiatique pour laquelle il fait construire une maison-musée en 1874. Dès 1882, il promet le musée à la Ville de Paris qui l’ouvre au grand public en 1898.

Près de 175 objets dont beaucoup issus des réserves ont été choisis par les commissaires Éric Lefebvre, directeur du musée, et Manuela Moscatiello, responsable des collections japonaises, pour évoquer ce voyage. Se cantonnant au Japon et à la Chine, ils racontent l’achat des œuvres sur place, l’exposition organisée à Paris en 1873 et la façon dont elle a inspiré les artistes français, puis l’élaboration du musée. Le public est invité à visiter celui-ci à la sortie des salles d’exposition. On peut y admirer, par exemple, le Bouddha Amida (1603-1868) mesurant près de 4,50 mètres de haut envoyé du Japon en pièces détachées par Cernuschi. Récemment restaurés, Les Dragons (1800-1810), linteau de bois ajouré formant un ensemble de 12 mètres de long et provenant d’un temple japonais, ont été achetés par le diplomate français Sosthène de Turenne d’Aynac qui a fait une partie du voyage avec Cernuschi, puis lui a confié l’œuvre qu’il a donnée officiellement à la Ville de Paris, à la fin du XIXe siècle.

Avant d’admirer ces pièces exceptionnelles, le visiteur aura découvert dans l’exposition comment le globe-trotteur, parti sans beaucoup d’informations sur l’art asiatique (il n’existait pas de littérature en langue européenne sur le sujet à l’époque), a compris l’importance de la relation entre les religions et les arts japonais et chinois ainsi que la place des bronzes dans ces deux pays.

Les objets rapportés, des vases rituels aux gardes de sabre, sont d’une grande diversité. L’Extinction complète du Bouddha, peinture sur soie du Japonais Anesaki Eiki (premier tiers du XVIIIe siècle) séduit avec son petit peuple d’animaux. Le Vase jian (Chine, IV-IIIe siècles avant notre ère) étonne par le degré d’industrialisation des bronziers dont témoigne sa fabrication. Et l’on s’amuse du décor bleu du Vase à fleur sur un plateau (Japon, entre 1830 et 1850) qui s’inspire de la faïence de Delft qui elle-même imitait la porcelaine chinoise.

Faire ce voyage avec Cernuschi, c’est rencontrer un homme sorti tout droit d’un livre de Jules Verne parti chercher en Asie des trésors qui nous éblouissent toujours.

Retour d’Asie. Henri Cernuschi, un collectionneur au temps du japonisme,
jusqu’au 4 février, Musée Cernuschi, 7, avenue Vélasquez, 75008 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°624 du 5 janvier 2024, avec le titre suivant : En voyage avec Henri Cernuschi

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