Dimanche 17 novembre 2019

ART CONTEMPORAIN

« Eldorama », les grandes signatures d’aujourd’hui pour tous les publics

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2019 - 429 mots

L’exposition au Tripostal, cœur de la nouvelle édition de Lille 3000, réunit un beau parterre d’artistes et d’œuvres dans un parcours qui se veut ouvert.

Lille. Exposition phare de cette nouvelle édition de Lille3000, « Eldorama », conçue par les commissaires Jérôme Sans et Jean-Max Colard en collaboration avec Isabelle Bernini, offre toutes les caractéristiques d’une superproduction grand public. À commencer par un casting international qui mélange les têtes d’affiche (Duane Hanson, Yayoi Kusama…) avec des représentants d’une nouvelle génération tel Korakrit ­Arunanondchai, et fait une place aux fleurons de la scène française – Adel Abdessemed, Gilles Barbier, Anne et Patrick Poirier, Claire Tabouret… – tout en affichant un tropisme chinois, de Cao Fei à Qiu Zhijie. En guise de guest stars, Mike Kelley, disparu en 2012, ou Rodney Graham, dont la vidéo Vexation Island (1997) est devenue, selon la formule de Jean-Max Colard, « un tube de l’art contemporain ».

Voilà pour le côté panorama, suggéré par le titre. À cela s’ajoutent une production impeccable (les trois plateaux du Tripostal sont vastes, c’est un luxe en même temps qu’une formidable contrainte), mais aussi un sens du rythme : les pièces spectaculaires (Match Fixed, installation au kitsch outrageusement bollywoodien du duo indien Thukral & Tagra) alternent avec des œuvres plus intimistes, à l’exemple de ces compositions naturalistes miniatures baignées de lumière subaquatique d’Hicham Berrada. Le parcours suscite également des confrontations intéressantes, par exemple entre l’installation Porno City, perspective criblée de « trous de balles » de Gilles Barbier, et Headlines & Last line in the Movies (Protest Pavilion) de Stefan Brüggemann, constituée de murs de mots réfléchissants.

Le scénario est globalement assez sombre : urbanisation outrancière, crise migratoire, acculturation, catastrophe (nucléaire ?) avérée…, soit des thématiques très éloignées de toute utopie bienheureuse. On en apprécie d’autant plus les pépites lumineuses immiscées le long du parcours, comme la sélection de photographies signées Ryan McGinley, Ren Hang et Wang Wei, entre fulgurances et contemplation, ou cette vidéo métaphorique de Francis Alÿs, Paradox of Praxis #5, dans laquelle l’artiste traverse un paysage urbain en lançant devant lui un ballon de feu. ­L’Eldorado lounge de Martine Aballéa, pour moitié décor de bar, pour autre moitié sous-bois, fait partie des bonnes surprises de l’exposition, car on voit rarement le travail de cette artiste française née à New York en 1950. « J’utilise le doré (plutôt que l’or) depuis longtemps ; il me semble manifester le rêve de l’or, plus important que l’or lui-même », déclare-t-elle. Peut-être une meilleure conclusion que celle de cet alunissage forcé, reproduction littérale des premiers pas sur la Lune, The Moon-Landing Program, une installation vidéo de Wang Yuyang.

Eldorama,
jusqu’au 1er septembre, Tripostal, avenue Willy-Brandt, 59000 Lille.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°524 du 24 mai 2019, avec le titre suivant : « Eldorama », les grandes signatures d’aujourd’hui pour tous les publics

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