Mercredi 13 novembre 2019

Angers (49)

Edward Baran la déshabitude

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 22 août 2013 - 256 mots

S’il est un mouvement plus douloureux que l’apprentissage, c’est sans nul doute l’abandon du savoir.

Apprendre est une chose, désapprendre en est une autre. Le premier infinitif est une conquête gymnastique, le second est une preuve de souplesse, la vraie souplesse, celle qui, parfois contre nature, permet des virevoltes insensées. Et libres. Libérées, même : des schèmes et des répétitions. De l’habitude.

Né en Pologne en 1934, Edward Baran n’a cessé de désapprendre. Notamment le métier de peindre, avec ses gestes et ses matériaux perclus d’habitudes. Quittant Varsovie pour Paris, en 1966, Baran ne tarde pas à renoncer au châssis pour armer d’un réseau de fils la toile avant de la perforer, de l’éplucher. De cette soustraction, de cette sauvagerie méthodique, subsiste un maillage énigmatique où seuls survivent des signes, des couleurs et des plaies (Papier coptisé, 1984).

Le vide prend forme, l’absence prend visage. Matisse, Toroni et Villeglé ne sont jamais loin de ces éblouissantes lacérations que présente le Musée des beaux-arts d’Angers avec cette première rétrospective hexagonale, dotée d’un catalogue admirable et élégant. Baran, aujourd’hui, revient à la peinture, mais par le monotype ou par des supports intermédiaires (Toscane, 2004). À pas feutrés. Il désapprend, encore. Pour revenir à des choses entrevues, et quittées. Non par remords, non par scrupule. Juste par nécessité. Et quoi de plus prometteur que de cesser l’exil pour revenir chez soi, purgé de toute habitude ?

Infos pratiques

« Edward Baran. Le chemin à l’envers », jusqu’au 15 septembre 2013, musée des beaux-arts, 14, rue du Musée, Angers (49), musees.angers.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°660 du 1 septembre 2013, avec le titre suivant : Edward Baran la déshabitude

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