Samedi 15 décembre 2018

Edvard Munch - Tel que l’on ne le connaît pas

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 mars 2010 - 346 mots

Les clichés sont coriaces. Le Cri est la première, parfois la seule œuvre d’Edvard Munch (1863-1944) qui vienne à l’esprit à l’évocation de l’artiste norvégien. La minirétrospective que lui consacre la Pinacothèque de Paris prend clairement le contre pied de ce cliché avec une volonté affichée : « L’artiste que nous vous présentons aujourd’hui n’est pas celui que vous croyez. »

La plupart des cent soixante-quatorze peintures, gravures et dessins exposés à la Pinacothèque n’ont jamais été montrés : ils proviennent de collections privées. Le Munch que l’on y découvre ne se réduit pas à l’image d’un artiste angoissé sombrant inexorablement dans la folie. Les rythmes et les vibrations des bleus de l’eau et de la robe de la Femme au chapeau rouge sur le fjord sont par exemple bien éloignées des tragiques ondulations du paysage du Cri. Étonnement, curiosité et découvertes se succèdent tout le long du parcours chronologique.

À 18 ans, Munch décide de devenir peintre. Il tente de reproduire fidèlement ce qu’il voit, pour peu de temps. Arrivé pour la première fois à Paris en 1886, il découvre les impressionnistes et réalise rapidement que la neutralité émotionnelle ne lui convient pas. Seul lui importe de pouvoir laisser sur son support une puissante cristallisation de ses émotions. Avec une sensibilité inquiète : « Qu’est-ce que l’art ? L’art naît de la joie et de la peine. Mais surtout de la peine. Il naît de la vie humaine. » Visages, silhouettes solitaires, couples enlacés ou distants, la présence humaine est rarement absente des œuvres de cet artiste si attentif aux qualités matérielles de la peinture.

Les dimensions réduites des salles d’exposition et les éclairages parcimonieux de la Pinacothèque n’ont pas que des inconvénients : être obligé de regarder de près peintures et gravures permet de réaliser l’importance qu’accordait Munch aux textures et aux matières. Il aimait exposer ses toiles aux intempéries, comme il le fit avec Puberté, afin que le temps qui s’écoule laisse son empreinte incontrôlable.

« Edvard Munch ou l’Anti-Cri », Pinacothèque de Paris, 28, place de la Madeleine, Paris VIIIe, www.pinacotheque.com, jusqu’au 18 juillet 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°623 du 1 avril 2010, avec le titre suivant : Edvard Munch - Tel que l’on ne le connaît pas

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