Lundi 16 septembre 2019

Redécouverte

Édouard Dantan, salonnard malgré lui

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 12 février 2014 - 750 mots

Le Musée des Avelines à Saint-Cloud révèle les deux faces du peintre oublié de la Troisième République.

SAINT-CLOUD - L’exposition que consacre le Musée des Avelines, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), à l’un des héros de la vie artistique clodoaldienne, Édouard Dantan (1848-1897), est placée sous le signe de la famille. S’il fallait en douter, le portrait Dantan aîné mon père (1872) accueille le visiteur du haut du double escalier qui mène aux salles d’expositions temporaires. Édouard y représente son père, Antoine Laurent, sculpteur de renom, attelé à la réalisation d’un buste en marbre à l’effigie de son épouse. L’intimité et le cercle familial forment une constante dans l’œuvre d’Édouard Dantan. Certes, l’homme rentre dans la catégorie des « peintres de Salon ». Ainsi, la carrière de ce pur produit de l’École des beaux-arts est très liée à cette célébration annuelle de l’art officiel, à travers peintures d’Histoire grandiloquentes et commandes de portraits mondains. La présentation du Musée des Avelines s’ouvre sur cette partie connue de l’œuvre de Dantan : des toiles aux sujets mythologiques, antiques, religieux, des nus académiques pour certains attachants. Le Jeu du disque (1875), conservée dans les collections du Musée des beaux-arts de Rouen, appartient à ce corpus d’œuvres-types qui pullulaient sur les cimaises du Salon. Les échecs successifs au concours du Prix de Rome sont ici compréhensibles, car un penchant naturel pour le réel contaminera les toiles que l’artiste soumet à la grand-messe académique jusqu’à sa mort, tragique. Or un « salonnard » qui dépeint la vie quotidienne dans la Grèce antique sous l’aspect d’un dimanche après-midi au bois de Boulogne, femme à l’ombrelle et enfant au cerceau à l’appui, a du mal à convaincre le jury…

Fort heureusement, la sélection opérée à Saint-Cloud participe de l’élan récent vers les artistes de la Troisième République, jugés jusqu’à présent trop officiels pour être dignes d’intérêt. Chez Dantan se déploie, dans l’ombre de ces toiles de Salon, un œuvre que l’on sent plus proche de son auteur. S’il n’est pas parvenu à marcher dans les traces de son père, Prix de Rome en 1828, Édouard a pris sa place en 1881 dans la demeure familiale de Saint-Cloud, pour y vivre avec sa mère devenue veuve.
Soucieux de naturalisme, dans la veine d’un Bastien-Lepage, Édouard Dantan dépeint son environnement immédiat : la vue de l’église communale depuis sa maison du parc de Montretout, la gare, ses voyageurs et ses employés, les forains s’activant dans le parc du château de Saint-Cloud, les gitans ou encore l’activité des chantiers. Côté pile, il est nommé chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur (1888), immortalise sur commande les augustes silhouettes du maire et du capitaine des pompiers de Saint-Cloud. Côté face, il exécute les portraits saisissants du père Signal, balayeur des rues de la ville (1879), et de la mère Duchemin, personnage familier de Villerville en Normandie (1894).

Paysages libérés
Le style, bien entendu, s’adapte. Comme pour évoquer la douceur du foyer, l’artiste privilégie le pastel pour croquer son épouse et ses enfants dans de touchantes scènes quotidiennes. L’atelier de son père, qu’Édouard a également fait sien, devient son sujet de prédilection. Doté de larges baies vitrées, l’espace est d’autant plus clair que la lumière se réfracte sur les modèles en plâtre et en marbre blanc. Décrivant avec soin l’attirail du sculpteur, Dantan redonne vie au lieu en convoquant le fantôme de son père, mais aussi celui de ses aides, concentrés sur leur travail de moulage ou de taille.
Parallèlement à ses souvenirs d’une enfance baignée des poussières de l’atelier, le peintre surprend sur le terrain du paysage. Les douze années passées sur les bancs des Beaux-Arts se font oublier devant des pochades exécutées par un pinceau parfaitement libre. Le patelin normand de Villerville, qu’il découvre en 1881, où il achète une résidence en 1896 et où il mourra dans un accident de voiture avec son épouse un an plus tard, lui offre une palette de sujets à la mesure de ses aspirations. Les plages mouillées, les effets atmosphériques et la mer déchaînée laissent entrevoir un artiste bien plus à l’aise lorsqu’il suit son instinct. L’école buissonnière a parfois du bon.

Édouard Dantan

Commissaire : Emmanuelle Le Bail, directrice du Musée des Avelines

Édouard Dantan (1848-1897). Peintre des ateliers, des figures et des rivages

Jusqu’au 2 mars, Musée des Avelines, Musée d’art et d’histoire de Saint-Cloud, 60, rue Gounod, 92210 Saint-Cloud, tél. 01 46 02 67 18, www.musee-saintcloud.fr, du mercredi au samedi 12h-18h, le dimanche 14h-18h, fermé lundi, mardi et jours fériés. Catalogue, 128 p., 12 €.

Légende photo

Edouard Dantan, Mouleurs dépouillant Rio, 1896, huile sur toile, 200 x 200 cm, collection particulière.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°407 du 14 février 2014, avec le titre suivant : Édouard Dantan, salonnard malgré lui

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