Mardi 18 décembre 2018

Ed Ruscha, la photographie au premier plan

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 janvier 2004 - 321 mots

Avec ses Twentysix Gasoline Stations, datées de 1962, publiées en 1963, l’Américain Edward Ruscha, né en 1937 dans l’Oklahoma, s’est imposé d’emblée comme le « créateur du paradigme des livres d’artistes » (Clive Phillpot). Constitué tout simplement d’une suite de photographies en noir et blanc, avec légendes identifiant la marque de l’essence, la ville et l’état caractérisant chacune des images reproduites, son ouvrage inaugurait un type de production artistique jusqu’alors inédit. Motels, appartements, buildings, palmiers..., Ed Ruscha a décliné ainsi un certain nombre de motifs en phase avec le monde de l’american way of life qui se développait alors de manière galopante. Sa façon de vouloir prendre ses distances par rapport au sujet, d’une manière tout à la fois minimale et conceptuelle, l’a conduit à opérer sur un mode sinon exhaustif, du moins systématique, pour gagner une forme caractéristique de la mise en œuvre d’une modélisation. Pionnière dans les années 1960, cette attitude a connu depuis lors une fortune critique considérable. Qu’Ed Ruscha ait souhaité reprendre en compte aujourd’hui certaines des images qu’il avait traitées jadis relève d’un principe de création involutif tout à fait pertinent. Ne dit-on d’un peintre qu’il fait toujours le même tableau ? Les photographies des parkings de Los Angeles et de sa banlieue, d’une part, des piscines, de l’autre, que l’artiste a prises respectivement en 1967 et en 1968 et qu’il a retirées ces dernières années, ne bouclent pas une histoire mais en soulignent au contraire la qualité prospective. La rigueur de leur construction, leur expressivité plastique, leur faculté à ouvrir les yeux sur « le pouvoir des choses n’ont pas de sens » sont autant de critères qui signent le style de Ruscha. Parce qu’elle n’est jamais illustrative mais qu’elle transcende toute démarche documentaire, sa production photographique occupe dans son œuvre une place proprement fondatrice.

PARIS, galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, IIIe, tél. 01 42 72 14 10, 13 décembre - 21 janvier 2004.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°554 du 1 janvier 2004, avec le titre suivant : Ed Ruscha, la photographie au premier plan

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