Duprat explore le monde

À Limoges, de nouvelles pièces créées à partir de silex

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 4 décembre 1998 - 547 mots

Après le Musée Picasso d’Antibes et avant le Mamco à Genève, le Frac Limousin accueille un ensemble important d’œuvres d’Hubert Duprat datant de 1983 à 1998. À travers différents supports, l’artiste y restitue sa vision de la variété du monde.

LIMOGES - Il est des artistes qui mènent leur barque tranquillement, à leur rythme, loin des paillettes et des trompettes. Hubert Duprat fait sans aucun doute partie de ceux-là. Depuis une quinzaine d’années, il développe une réflexion de fond sur la variété du monde à travers différents supports. À Limoges, il présente un ensemble d’artefacts témoins de ses divers axes de recherche, qui donnent à l’exposition des airs de mini-rétrospective. Cette dernière est plus particulièrement centrée sur les pièces mobilières conçues entre 1983 et 1998. La configuration du lieu, une succession d’alvéoles indépendantes les unes des autres, accentue encore l’impression de fragmentation du travail. Ainsi se succèdent des “camera oscura”, des “tranches de cake”, Coupé-cloué, Cassé-collé , le Salon bleu, Entrelacs, À la fois la racine et le fruit, Larve aquatique de tricoptère et son étui, Corail Costa Brava, le Pire, des “filographies”, des silex.... des pièces aussi différentes que des troncs d’arbres recouverts de clous en laiton ou de plaquettes d’os, des insectes qui se constituent des étuis d’or et de pierres précieuses, des galets sertis dans du béton, des photographies de cosmonautes, des figures symétriques réalisées en fils tendus entre des clous, des blocs de calcaire cassés puis recollés...

Domaine scientifique
Hubert Duprat utilise ici des matériaux issus des trois règnes, végétal, minéral et animal. Dans chacune de ses œuvres, concrètement ou métaphoriquement, se révèle le caractère fusionnel de la rencontre des matières, qui se pénètrent et s’interpénètrent. On a parfois parlé, à propos de son travail, d’un aspect quelque peu précieux, en prenant pour argument les matériaux qu’il utilise : de l’or à l’ambre, du corail au marbre, de l’ivoire au fanon de baleine. En réalité, son travail n’a rien de précieux, tout au plus atteint-il une dimension décorative, au sens noble du terme, résultat d’une tendance au surinvestissement de l’incarnation. Duprat ne réalise en effet rien lui-même, adoptant en quelque sorte l’attitude d’un artiste conceptuel travaillant dans son bureau à la campagne, entouré de ses livres. Aussi, quand il décide de produire concrètement une pièce, et après avoir trouvé les personnes compétentes pour fabriquer ce qu’il désire, lui arrive-t-il d’avoir tendance à forcer le réel, à monumentaliser, tout en reprenant en même temps certains codes du décoratif.

L’exposition de Limoges comprend de nouvelles pièces créées à partir de silex. Duprat avait été très intéressé par les silex reconstitués – un peu à la manière de ses blocs de calcaire – exposés au Musée d’Aquitaine, à Bordeaux, et provenant de la collection Daleau. L’artiste a en effet toujours porté son attention sur cette notion d’artefact, sur la capacité de l’homme à transformer la matière suivant des modèles culturels. Le silex est bien sûr une pierre symbolique puisque travaillée à la préhistoire. Duprat dépasse également ici le monde l’art pour s’aventurer dans un domaine plus scientifique. Une autre manière de restituer la variété du monde.

HUBERT DUPRAT

Jusqu’au 30 janvier, Frac Limousin, “Les Coopérateurs�?, impasse des Charentes, 87100 Limoges, tél. 05 55 77 08 98, tlj sauf dimanche 12h-19h, samedi 14h-19h. Catalogue, 132 p., 120 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°72 du 4 décembre 1998, avec le titre suivant : Duprat explore le monde

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