Mercredi 21 février 2018

Bâle (Suisse)

Dubuffet inclassable

Fondation Beyeler jusqu’au 8 mai 2016

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 mars 2016

Aucune exposition de Jean Dubuffet (1901-1985) ne saurait être exhaustive tant le corpus de l’œuvre de cet artiste polymorphe particulièrement fécond est énorme.

Il a réalisé des milliers de peintures, de dessins et de sculptures, écrit dix-sept livres, composé de la musique. Sans oublier la dimension architecturale de son travail, qui lui a valu la médaille de l’American Institute of Architects, le seul honneur qu’il n’ait pas refusé. La première qualité de cette rétrospective bâloise réside dans le choix de chaque œuvre présentée, en tout une centaine, réunie avec acuité par Raphaël Bouvier, commissaire de l’exposition. La seconde est la fluidité d’un parcours chronologique naturellement thématique, puisque pour Dubuffet chaque thème correspond à une époque donnée. D’inventions formelles audacieusement transgressives en dynamiques rebondissements, peintures et sculptures dialoguent avec superbe dans les lumineuses salles de la fondation. Le parcours s’appuie sur l’idée de paysage, que Dubuffet met en jeu comme espace récurrent d’une interrogation sur l’espace, la forme et la matérialité. Pour ce créateur particulièrement curieux de matériaux non académiques – terre, goudron, charbon, sable, ailes de papillon, feuilles, bouts d’écorce, éponges… –, « tout est paysage ». Sols, villes, figures, visages et corps, « ce sont des paysages de cervelle. Ils visent à restituer le monde immatériel qui habite l’esprit de l’homme… » Chaque œuvre de Dubuffet apparaît comme un état des lieux, une empreinte où réel, imaginaire et rêves se sédimentent en surprenante liberté. La plus vaste salle de la fondation accueille une œuvre d’art totale, Coucou Bazar, la création la plus atypique de l’artiste. Elle associe peinture, sculpture, théâtre, danse et musique. Ce grand spectacle a été joué trois fois, en 1973 au Solomon Guggenheim Museum de New York et au Grand Palais à Paris, puis à Turin en 1978. Depuis, cet exceptionnel ensemble de figures et d’éléments scéniques distincts (les « praticables ») n’avait été déployé qu’une fois, au Musée des arts décoratifs de Paris en 2013. On découvre à Bâle une impressionnante mise en scène de cette œuvre inclassable. Il est cependant regrettable de n’avoir accès à aucune des bandes-son qui accompagnaient ce « tableau vivant ».

« Jean Dubuffet. Métamorphose du paysage »

Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, Bâle (Suisse), www.fondationbeyeler.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Dubuffet inclassable

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