Dimanche 25 février 2018

Montpellier

Du sirop pour les guêpes

Trois jeunes artistes au FRAC Languedoc-Roussillon

Le Journal des Arts

Le 4 juin 2010

Le Fonds régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon dispose d’un espace souvent difficile, pour ne pas dire franchement inadapté à la présentation de l’art actuel. Les trois artistes, tous nés en 1966, réunis par Sylvie Blocher pour cette exposition réussissent néanmoins à en tirer un bon parti.

MONTPELLIER - "Du sirop pour les guêpes" s’ouvre sur la Fontaine de la Bonne Volonté de Michel Blazy : une bassine en plastique retournée qui n’en finit pas de dégorger sa mousse verte. L’odeur du liquide vaisselle que diffuse cette turgescence guide le spectateur vers les autres assemblages de Blazy, une cuisine variée et personnelle, sa "petite activité" comme il dit, où il conjugue avec humour le peu de clinquant qu’il trouve dans les objets courants et une magie un peu bancale. Ainsi le voit-on dans une vidéo former dans les airs des bulles de savon géantes et polymorphes. Ou il expose un monticule fragile et immaculé de 4,5 kg de morceaux de coton, patiemment empilés. Enfin, il s’est appliqué à tendre au ras du sol une très fine bâche circulaire en plastique, de près de trois mètres de diamètre, tout autour d’un verre où vient trôner un navet. Ce monument pour un légume prouve, si l’on en doutait encore, combien il est prêt à se donner du mal pour susciter chez nous quelque pointe d’émerveillement.

Malgré leur apparente fragilité, les propositions de Bertrand Lamarche parviennent à s’approprier l’espace environnant. Comme ce long cône de papier suspendu en l’air, dans lequel le regard plonge et se perd, guidé par les ombres concentriques que dessinent à l’intérieur le passage d’autres visiteurs à sa périphérie.

Les tableaux/sculptures hybrides de Marion Lachaise se dispersent davantage dans l’espace comme dans leur propos, et semblent vouloir se contredire les uns les autres. D’un côté ils tentent d’échapper à la rigueur formelle d’emprunts explicites qu’ils font à la modernité, de la croix de Malevitch au Tu m’… de Duchamp. De l’autre, les moyens plastiques qu’ils mettent en jeu (Formica, pâte à bois, miroir embué, photo de famille…) demeurent trop hétérogènes pour qu’on saisisse toutes les articulations que l’artiste semble vouloir établir entre discours formaliste et histoire personnelle.

\"Du sirop pour les guêpes\", Michel Blazy, Marion Lachaise, Bertrand Lamarche, 16 avril - 21 mai 1994. Galerie d’Éole de l’Espace République, 18 rue Jules-Ferry, 34000 Montpellier. Catalogue, 24 p., 70 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Du sirop pour les guêpes

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