Dimanche 21 octobre 2018

Doré ou Dargent

L'ŒIL

Le 1 mars 2000 - 306 mots

Illustrateur de génie, grand rival de Gustave Doré, Yan Dargent (1824-1899) reste curieusement peu connu pour sa peinture. Une riche rétrospective réhabilite enfin son travail. Au début des années 1850, les Français découvrent le celtisme et les brillants écrits de Chateaubriand sur la Bretagne. En revanche, les peintres immortalisant les vieux contes d’Armorique, eux, se font rares. Heureusement, Dargent, graveur célèbre à Paris, originaire de Saint-Servais dans le Finistère, n’a peur de rien. En 1857, ses bords de mer aux violents contrastes de lumière sont remarqués par Nadar, Maxime du Camp et Jules Verne. Et deux ans plus tard, il présente au Salon un hallucinant Saint-Houardon que lui achète l’Empereur. Dans une composition très pré-raphaéliste, l’artiste évoque l’arrivée en Bretagne, en pleine tempête, de l’ermite écossais juché sur une pierre propulsée par deux anges rêveurs. Avec ses pinceaux, Yan Dargent remet au goût du jour les plus belles légendes bretonnes. Il humanise aussi, à l’aide de fresques monumentales, la chapelle Saint-Joseph de Morlaix et la cathédrale de Quimper qui vient d’ailleurs d’être restaurée. Dargent aime alterner la douceur des visages avec la violence de la nature. Quand il dessine des arbres décharnés sur la lande ou un ciel bas au-dessus de la grève de Crozon, il atteint la maîtrise d’un Théodore Rousseau ou d’un François Daubigny. Sur la toile, son univers fantastique peuplé de fées, de farfadets, de dames blanches et de druides, est accentué par une gamme de tons très douce et par de puissantes diagonales ascendantes. Après sa mort, en 1899, avec sa dernière volonté, Yan Dargent entretient le mystère de son personnage et de sa peinture, en se faisant décapiter par son fils. Son chef repose aujourd’hui dans la chapelle de Saint-Servais, près de Landerneau. Il est admiré comme une relique par les fans du maître.

QUIMPER, Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 27 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°514 du 1 mars 2000, avec le titre suivant : Doré ou Dargent

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