Samedi 24 février 2018

Don McCullin : vivre l’après-guerre

Le grand photojournaliste britannique a tourné la page

Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2009

Avec ses couvertures de la guerre au Viêt-nam, au Cambodge, au Biafra, au Liban…, Don McCullin a souvent fait la une des journaux, devenant l’un des photojournalistes les plus reconnus. Les Rencontres de la photographie d’Arles lui avaient consacré une exposition remarquée en 1992. Aujourd’hui, la Barbican Art Gallery de Londres présente une véritable rétrospective au titre évocateur : Sleeping with ghosts (dormir avec des fantômes).

LONDRES. Pendant des années, dès qu’un conflit éclatait sur la planète Don McCullin était toujours prêt – voire enthousiaste – à repartir sur le front. Mais l’évolution du traitement des images au Sunday Times, son principal commanditaire, et la mort de sa première femme l’ont conduit à mettre un terme à ses reportages de guerre il y a une douzaine d’années. Cette crise de conscien­ce avait été provoquée par un événement dramatique vécu au Liban : une femme désespérée, dont toute sa famille était ensevelie sous un bâtiment bombardé, s’en était prise à lui. Depuis, McCullin a repensé sa vie, publié son autobiographie (Un­reasonable Beha­viour, 1990), et il s’est remarié. Il a également élargi le champ de ses activités photographiques vers la nature morte et les paysages, avant de tirer lui-même les quelque deux cents images de l’exposition. Sous-titrée “A life’s work in photography”, celle-ci est structurée en neuf sections “géographiques” : Angleterre ; Chypre et Irlande du Nord ; Congo et Biafra ; les Champs de la Mort (Viêt-nam et Cam­bod­ge) ; Beyrouth, Liban ; Indonésie ; Bangladesh ; natures mortes et paysages d’Angleterre ; Inde. Après Beyrouth, McCullin traverse, dans sa maison du Somerset, une période de dépression. Il renoue avec le photo-reportage en Irak, pour saisir les traitements infligés aux Kurdes par Saddam Hussein, mais l’envie n’y est plus. Il poursuit alors des études ethnographiques sur les chasseurs et les tribus de l’âge de la pierre en Nouvelle-Guinée, ne revenant au photojournalisme de terrain que pour couvrir les inondations, la famine et les épidémies de choléra au Ban­gladesh. Hormis une coupure “anachronique” consacrée aux fêtes hindoues, il se consacre plus largement aux paysages mouillés de la campagne anglaise sous un ciel lourd. Ses photographies les plus récentes, qui ont pour sujet les lépreux de l’île de Sagar mendiant leur nourriture (1997), semblent boucler le cycle en revenant au documentaire sociologique. Mais toutes ses images sont à dominantes sombres, à la fois par la tonalité et l’atmosphère. Quoique traitées avec beaucoup de liberté, elles semblent venir du cœur des ténèbres : les faits, les éclairages, les visages, le temps et les lieux, tout est sombre, mais selon McCullin, “jamais trop sombre ! “

DON MCCULLIN, SLEEPING WITH GHOSTS, jusqu’au 14 décembre, Barbican Art Gallery, Barbican Centre, Level 3, Londres, tél. 44 171 382 7105, tlj 10h-18h45, mard. 10h-17h45, merc. 10h-19h45, dim. 12h-18h45.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°45 du 10 octobre 1997, avec le titre suivant : Don McCullin : vivre l’après-guerre

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