Dites-le avec des fleurs

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 5 novembre 2007

Oui, très bien, mais dire quoi ? En effet, si les trois volets qui composent « Flower Power » s’avèrent plutôt sympathiques, joliment montés et sont peut-être quelques-unes des seules manifestations de qualité de la première tranche des travaux de Lille 2004, on peut tout de même s’interroger sur le but de cette exposition. Que disent les fleurs mises en scène par les artistes contemporains ? La même chose qu’au temps de leur triomphe et de leur érudition dans les natures mortes du XVIIe siècle exposée au musée de l’Hospice Comtesse ?
Pas sûr. Qu’elles n’ont eu de cesse d’attiser l’appétit des artistes ? Certainement, mais pas pour
les mêmes raisons, ni les mêmes intentions d’ailleurs seulement cela, c’est à nous de l’imaginer car on ne nous dit rien. C’est donc là que le bât blesse. On ne sait pas où l’on va, guidé sans l’être par un parcours floral largement contemporain, beau, aux choix et à leur mise en relation agréables comme très souvent lorsqu’il s’agit d’une manifestation signée de l’équipe du consortium de Dijon. Au gré d’une promenade bucolique quelque peu désabusée, le butineur de fleurs ressortira du musée des Beaux-Arts, le sourire aux lèvres presque psychédélique, ravi d’avoir fait éclore les fleurs en plastique de l’enchanteur de Lyon, Piero Gilardi, bluffé par la peinture de sol chargée de Michael Lin, et par le tapis pour un bulbe blanc gonflé de Matthew McCaslin. Les fleurs comme prétexte. Assurément, mais ne pouvait-on rien en tirer d’autre que ce charmant bouquet en convoquant à la rescousse Warhol, Beuys, Lévêque, Zaugg ou Rosenquist ? Car le plaisir esthétique ne suffit pas sans apport, il est justement comme une fleur sans eau. Il se fane. Bien sûr, ici ou au sublime palais Rameau parfaitement mis en scène avec des œuvres impressionnantes et jubilatoires de Choi Jeong-Hwa, Kimsooja ou John Armleder associé à Dennis Feddersen, on aura discerné la part d’imagination qui
a supplanté en quelques siècles la course au mimétisme, ainsi qu’une réflexion aiguë sur l’altération de la dichotomie nature/culture. Mais voilà, on en voudrait plus. Peut-être à cause du volet historique de l’affaire, avec ces bouquets métaphoriques du xviie siècle, posés là sans explication, dans le parcours de l’hospice Comtesse. On se retrouve là, les bras chargés de fleurs, incapable de décrypter ces rébus complexes, ces mises en garde et ces leçons de botanique ou de morale qui ont fait la réputation des écoles flamandes. Si le commissaire est ici Alain Tapié, il est pourtant frappé du même mal et oublie de guider le visiteur, dubitatif devant de tels morceaux de bravoure. Cela est bien dommage car tous les ingrédients étaient réunis pour créer un bon événement. L’osmose ne s’est pas faite entre ces trois étapes mais ce n’est pas une raison pour ne pas aller y butiner, les artistes se sont vraiment donnés de la peine.

« Flower Power», LILLE (59), palais Rameau, jusqu’au 8 fév. ; palais des Beaux-Arts, musée de l’Hospice Comtesse, jusqu’au 22 fév., www.lille2004.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°555 du 1 février 2004, avec le titre suivant : Dites-le avec des fleurs

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