Jeudi 12 décembre 2019

Deuxième degré

New York celèbre Gerhard Richter

Le Journal des Arts

Le 17 mai 2002 - 542 mots

Gerhard Richter est « un peintre qui pense ».
Telle est l’analyse de Robert Storr, commissaire de l’exposition
de l’Allemand au MoMA de
New York. À travers 188 peintures,
le musée retrace le parcours pictural de l’artiste, de 1962
à nos jours.

NEW YORK - L’exposition conçue par Robert Storr met en évidence l’œuvre picturale de Richter. Pour construire son propos, le commissaire s’est basé sur les très nombreuses déclarations de l’artiste dans lesquelles il exprime son amour pour la peinture ou se définit lui-même comme peintre. Il y formule également une quête obstinée et lucide de deux concepts qui semblent quelque peu étrangers à la plupart des artistes contemporains : la beauté et la vérité.

L’exposition peut s’analyser d’un point de vue chronologique, même lorsque Richter effectue des allers et retours entre l’abstraction et la figuration. La manifestation met en évidence les courants qui influencent l’artiste, et la technique de ses fameux flous. Pour Richter, la peinture n’est pas une manière de créer du sens mais une lutte pour l’atteindre. Le peintre est un sceptique et non un cynique. Il est né et a grandi dans l’Allemagne nazie, avant d’entamer sa carrière artistique en Allemagne de l’Est. Il est passé à l’Ouest en 1961, peu avant la construction du mur de Berlin. Ce passé a certainement conduit le peintre à s’inspirer de contraires. Comme il l’a lui-même déclaré, en Allemagne occidentale, ils respectait et allait plutôt à la rencontre des intellectuels et artistes appartenant à une gauche politique, proches dans un sens du pays qu’il venait de quitter. D’autre part, son Allemagne natale constituait davantage un héritage culpabilisant qu’une patrie. Le Richter des débuts des années 1960 s’identifiait avec le Pop, en témoignent ses premières peintures de coupures de presse. Reconnaissant des situations, des courants, des idées, il continuait pourtant en marge ses propres recherches. Gerhard Richter a converti en dogmatisme son antidogmatisme. Il a essayé de restituer pour le public un état dans lequel ce dernier pourrait regarder son travail sans les préjugés classiques du discours sur l’art. Dans l’œuvre de ce provocateur, ses peintures les plus perturbatrices sont aussi les plus emblématiques. Ainsi, le portrait de son oncle (Onkel Rudi, 1965) en uniforme nazi ; la série Octobre 18 de 1977 peinte onze années plus tard à partir des photographies prises pendant la détention et l’assassinat dans une prison allemande de membres de la Fraction Armée rouge, avec la date consignée dans le titre ; ou les portraits de son fils, lors de son premier repas, réalisés récemment ; les 48 Portraits (1971-1972) de personnages illustres, de Rilke à Paul Valéry, de Gide à Ortega y Gasset et Oscar Wilde (uniquement des hommes), jusqu’au lieu qu’il a réservé aux femmes, avec une curieuse série de huit nurses (1966). Deux peintures-miroirs grise et rouge sont les seules pièces de l’exposition à ne pas être des peintures. Elles semblent de prime abord nous donner l’opportunité de nous voir avec les yeux de Richter. Mais, en réalité, elles nous permettent de réfléchir à cet autre côté du miroir : les créations non picturales de l’artiste absentes des cimaises du MoMA.

- Gerhard Richter, jusqu’au 21 mai, MoMA, 11 West 53th Street, New York, tél. 1 212 708 9400, tlj sauf mercredi 10h-17h45.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°149 du 17 mai 2002, avec le titre suivant : Deuxième degré

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