Samedi 28 novembre 2020

Fondation Cartier - Jusqu’au 13 mars 2011

Dessine-moi un Moebius

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 15 novembre 2010 - 381 mots

Ce qui est fascinant dans l'exposition parisienne de l'oeuvre protéiforme de Jean Giraud, alias Gir et Moebius, c'est de se dire que toute cette imagination débordante est sortie d'une simple page blanche.

Magie du dessin que de créer dans l’espace limité d’une feuille un abîme de possibilités graphiques et méditatives. Maître de la bande dessinée, Mœbius, né en 1938 à Nogent-sur-Marne, fera avec cette expo foisonnante définitivement taire – en tout cas on l’espère – ceux qui, encore aujourd’hui et dans un esprit tout à fait old school, réduisent trop souvent la B.D. à un univers caricatural peuplé de petits Mickey et de gros nez.

Plus de quatre cents documents (carnets originaux, planches, peintures, dessins inédits, croquis pour le cinéma, film d’animation 3D) témoignent de la puissance visuelle d’une œuvre qui, à l’image de la métamorphose ou du ruban de Möbius, offre la particularité d’être double, voire multiple. « En passant de Giraud à Mœbius, j’ai tordu le ruban, changé de dimension. J’étais le même et j’étais un autre. Mœbius est la résultante de ma dualité. » D’un côté, Gir réalise avec Blueberry une série western reposant sur des codes narratifs classiques, et, de l’autre, Mœbius nous embarque, avec L’Incal et Le Garage hermétique, dans une science-fiction ouvrant grand la porte à l’inconscient, au rêve et aux dessins automatiques proches des surréalistes. 

Parfaitement séquencée, l’exposition présente une scénographie serpentine qui reprend avec finesse la ligne sinueuse virtuose du grand dessinateur. Au rez-de-chaussée, on découvre l’envers du décor de la B.D. : les planches originales très travaillées sont là, mais également de nombreuses publications, dont les revues Pilote et Métal Hurlant, qui ont permis à Mœbius d’asseoir sa popularité. 

Le sous-sol se consacre plus spécifiquement au thème de la métamorphose, obsession cardinale du créateur parce qu’elle symbolise la vie, en mutation continue. Les formes dessinées de créatures hybrides, comme dans le cocasse carnet La Faune de Mars (2006-2008), rejoignent les préoccupations scientifiques de l’artiste. Ces dernières, centrées sur les modifications cellulaires, trouvent d’ailleurs un remarquable prolongement dans le texte de l’astrophysicien Michel Cassé publié dans le catalogue de l’exposition. Bref, qui pour oser encore prétendre que la B.D. ne s’adresserait qu’aux enfants ?

Voir

« Mœbius. Transe-forme », fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bd Raspail, Paris XIVe, www.fondationcartier.com, jusqu’au 13 mars 2011.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°630 du 1 décembre 2010, avec le titre suivant : Dessine-moi un Moebius

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque