Mercredi 20 novembre 2019

Desgrandchamps à Montpellier

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 18 mai 2011 - 304 mots

Réalisé en 1959, On the Beach de Stanley Kramer demeure un film encore très méconnu. Par son scénario d’une part, par l’intérêt que lui a toujours porté Desgrandchamps de l’autre, il trouve aujourd’hui une double actualité. Fondé sur l’analyse du ressenti de certains survivants qui vivent leurs dernières heures au lendemain d’un conflit nucléaire, il est le prétexte d’une exposition de l’artiste au Carré Sainte-Anne dont le critique d’art Richard Leydier est le commissaire [jusqu’au 19 juin]. Se saisissant du fait que les personnages du film font face à l’inéluctable de leur disparition, ce dernier a choisi d’en confronter le propos au processus de lent effacement des figures dans la peinture de Desgrandchamps. Et le commissaire d’organiser son exposition en réunissant dix-sept toiles qui en font la démonstration. 

Une expérience panoramique de la peinture
Sur tout le pourtour des cimaises de l’église Sainte-Anne, requalifiée voilà vingt ans exactement en centre d’art contemporain, les peintures de Marc Desgrandchamps déterminent comme une sorte d’immense fresque continue. Unifiée par l’ambiance colorée gris bleu qui domine, elle est rythmée par l’accrochage de pièces uniques et d’imposants polyptyques. D’une œuvre à l’autre, le regard déambule et traverse tout un monde d’espaces et de sites indicibles que ponctuent ici et là de troublantes figures de baigneuses et de marcheuses, parfois même équines, sur le bord d’une disparition. Quelque chose d’un temps figé et d’une irrépressible vacuité y est à l’œuvre qu’excède la structure même de l’église. De fait, celle-ci offre à voir un espace très contrasté avec une nef centrale totalement désertée, et deux nefs latérales dont l’étroitesse est renforcée par l’élancement vertical des piliers, l’ensemble obligeant à un parcours périphérique de l’exposition. Si ce dispositif est contraignant, il instruit une approche panoramique qui en appelle à l’idée du travelling et qui colle au plus juste des préoccupations de l’artiste.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°636 du 1 juin 2011, avec le titre suivant : Desgrandchamps à Montpellier

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