Des rêves doux et amers

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 février 2006

Trois univers raccordés par un même glissement hors du réel. Trois trajectoires formelles délicates et troubles pour trois propositions visuelles articulées autour du rêve et de son universelle puissance évocatrice. L’exposition activée par Bénédicte Ramade à la galerie Anne Barrault se présente comme le second volet d’une proposition énoncée à l’institut français de Prague l’été passé et accorde à nouveau les œuvres d’Emmanuel Lagarrigue, Guillaume Pinard et du collectif lillois Qubo Gas.
Au centre de l’espace, comme un battement crépitant s’étireront les câbles translucides du premier, longs fils fluets traversant la galerie de haut en bas, à la manière d’un serpentin resserré en un périmètre circulaire. Invite à la traversée, au stationnement solitaire ou au contournement, l’espace flottant, graphique, sculptural, diffuse par de petites pastilles fixées sur le réseau de cordage une nappe sonore métallique et floconneuse.
À ces bruissements flous s’ajoutent les proliférations colorées, les tracés touffus et chaotiques de Qubo Gas et l’horreur placide, la candeur méchante du réjouissant film d’animation de Guillaume Pinard. Ou l’histoire délirante d’un petit âne et de deux globes oculaires sur pattes dont les abominables aventures balancent entre appel caustique à l’interprétation psychanalytique du rêve et saynètes amorales. Le dessin clair, sûr, lisse, égrène les symboles et les épreuves comme autant de situations fantasques, drôles et féroces et vient clore cette variation complexe, douce et rugueuse autour du rêve.

« Pas de copyright sur les rêves, 2 », galerie Anne Barrault, 22 rue Saint-Claude, Paris IIIe, tél. 01 44 78 91 67, jusqu’au 25 février.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°577 du 1 février 2006, avec le titre suivant : Des rêves doux et amers

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