État des lieux

Des foires locales, très locales

Le Journal des Arts

Le 13 avril 2016

Avec près d’une dizaine de salons organisés en hiver, Los Angeles n’est pas dépourvue de manifestations commerciales à son image, protéiformes et innovantes.

Si les grandes enseignes internationales renâclent à s’installer à Los Angeles, la métropole accueille de nombreuses foires locales. Météorologie oblige, elles se déroulent toutes en début d’année.
Tout commence donc à la mi-janvier avec le plus ancien salon, Photo LA. C’est la 25e édition cette année pour ce tout premier salon de la photographie jamais créé au monde, impulsé par le galeriste Stephen Cohen. Photo LA occupe depuis trois ans le deuxième étage d’un immeuble qui appartient au groupe Merchandise Mart Properties, Inc. (MMPI), situé Downtown Los Angeles. En janvier il accueillait 45 galeries américaines assez hétérogènes, sept non-profit galleries (galeries non commerciales) et huit écoles d’art locales. On y trouve toujours quelques artistes locaux de renommée internationale comme, cette année, Catherine Opie ou James Welling. Le salon est fréquenté par une clientèle locale, de fidèles collectionneurs à qui est dévolu régulièrement un stand spécial. Le nombre de visiteurs n’a pas été communiqué.

Le Los Angeles Art Show, généraliste, est programmé à la fin janvier. Le LA Art Show est produit par le groupe Palm Beach Show. La foire, qui fêtera ses 20 ans en 2017, se déploie dans le très impersonnel mais très pratique Convention Center situé dans le centre de Los Angeles. Qualifié de « contemporain classique », le salon, qui comptait cette année 82 galeries dont 54 non américaines, s’oriente de plus en plus vers l’Asie en proposant un large choix de galeries chinoises, japonaises ou coréennes très peu connues des grands réseaux internationaux et qui voient en Los Angeles une porte d’entrée pour l’Amérique du Nord. Les efforts du LA Art Show pour passer d’un stade régional à un calibre plus international commencent à porter leurs fruits, les organisateurs annonçant pour cette année le chiffre de 70 000 visiteurs.

Des salons « edgy » ou « photo vintage »
À ses débuts en 2010, ALAC démarrait respectueusement après son aînée, le LA Art Show, mais cette année, en se tenant aux mêmes dates, Art Los Angeles Contemporary se positionne dans la cour des grands. ALAC est le produit d’un seul homme, Tim Fleming, fondateur, directeur et commissaire. C’est le salon contemporain « edgy » [« nerveux »] qui correspond le plus aux standards internationaux. On y trouve aussi bien les grandes pointures de la Californie comme Ed Ruscha, John Baldessari ou Larry Bell que de jeunes pousses californiennes ou chiliennes à l’image, cette année, du très remarqué Patrick Hamilton, représenté par la Galeria Marta Cervera (Madrid). C’est aussi le plus européen des salons avec, en 2016, 22 galeries européennes sur un total de 63 exposants. La galerie française Praz-Delavallade, habituée des lieux, y a fait sensation cette année en vendant la totalité du solo show de Matthew Chambers. La foire a accueilli 15 000 visiteurs en 2016, comme l’année dernière.

Le Classic Photographs Los Angeles a lieu quant à lui les deux derniers jours de janvier. Créé en 2010 par trois galeristes locaux, c’est un tout petit salon de la photo vintage d’excellente qualité qui commence à grignoter le marché contemporain. Cette année, 26 galeries américaines se déployaient dans les locaux de la maison de ventes Bonhams. (Le nombre de visiteurs n’a pas été communiqué).

La LA Art Book Fair se tient depuis 2013 durant la deuxième semaine de février au MOCA/The Geffen Contemporary. Elle se démarque des autres foires citées plus haut car elle est organisée par l’association Printed Matter, Inc., déjà forte de son succès new-yorkais depuis 2009. Les collectionneurs internationaux s’y déplacent pour trouver des livres d’artiste, des catalogues d’art, monographies, périodiques et magazines présentés par des libraires, antiquaires, artistes et éditeurs indépendants internationaux. Greffe réussie si l’on en croit les chiffres de fréquentation communiqués, 34 700 visiteurs pour 2015.

Adoubée par le Wallis Annenberg of Photography Department du Los Angeles County Museum of Art (Lacma), la Photo Independent Art Fair s’est clairement positionnée en contrepoint de Paris Photo LA, en s’installant aux mêmes dates (29 avril-1er mai) et très exactement en face de la Paramount, dans les Raleigh Studios. Elle a déjà deux éditions à son actif. Fondé et dirigé par Chris Davies, éditeur du magazine d’art Fabrik, bien implanté localement, Photo Independent, qui affiche des ambitions internationales, présente un doux mélange qui inclut des stands d’artistes – lesquels, en réalité, viennent pour la plupart avec leurs galeristes –, quelques stands de galeries et une foire de livres et catalogues de photos. Cette année, le salon devra faire ses preuves par lui-même – jusqu’à présent son nombre de visiteurs (3 000 en 2015) provenait de l’effet d’aspiration de son voisin Paris Photo LA. Un autre petit salon « étranger » a annoncé récemment son implantation, Parallax Art Fair London. Fort de quinze ans d’expérience et revendiquant 16 000 visiteurs à Londres, il vient tenter une édition à Los Angeles du 29 avril au 1er mai 2016.

Deux tentatives avortées
Il convient de s’arrêter sur deux tentatives de foires différentes, qui ne se renouvelleront pas bien qu’elles signent véritablement l’esprit si singulier qui règne à Los Angeles. La première, ArtBandini Los Angeles, est une initiative locale lancée sous un concept d’« anti-foire », sans communication, où seuls quelques initiés étaient chargés de relayer l’événement via les réseaux sociaux. Elle a tout de même rassemblé 24 galeries « cutting edge » de bon niveau à l’exemple de Harmony Murphy (Los Angeles) ou d’Ibid. Gallery (Londres, LA). La fréquentation n’a pas été mesurée.

La seconde, Paramount Ranch, se tient le dernier week-end de janvier. 52 galeries étaient présentes en 2016. La foire avait commencé il y a trois ans à l’initiative de tout jeunes galeristes de Los Angeles, Alex Freedman et Robbie Fitzpatrick, ainsi que de Liz Craft et Pentti Monkkonen, deux artistes qui avaient créé leur galerie dans leur garage de Venice, Paradise Garage. En trois années, la foire, installée dans les décors de western de la Paramount à Malibu, a réussi à compter parmi les foires les plus en vue du moment, pas seulement localement. Avec son côté artisanal où tout le monde mettait la main à la pâte (de l’électricité à la cuisine), et grâce à un faible coût de participation, elle avait su se frayer un chemin avant-gardiste et attirer un panel de galeries internationales telles les françaises Chantal Crousel ou Balice Hertling. 3 000 visiteurs ont été comptabilisés durant le seul samedi 30 janvier de cette année.

En conclusion, Los Angeles dispose de son propre réseau de foires et salons très implantés localement, encouragés par une communauté soudée qui tient à ses règles, ses usages dans une ville qui apprend le marché à son rythme et à sa manière, encore loin de la frénésie bâloise ou new-yorkaise.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°455 du 15 avril 2016, avec le titre suivant : Des foires locales, très locales

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque