Samedi 26 septembre 2020

Exil

Des convictions à l’œuvre

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 27 avril 2016 - 441 mots

Le Frac Lorraine déroule le combat de Nil Yalter pour les droits des femmes, des travailleurs et des immigrés.

METZ - « L’exil est un dur labeur » proclame en anglais sur le mur une phrase composée en lettres de néon rouge vif, presque brûlant (Exile is a Hard Job, 1975-2015). En matière d’exil Nil Yalter s’y connaît, née au Caire de parents turcs en 1938, elle passa son enfance en Égypte avant de rejoindre la Turquie qu’elle quitta définitivement en 1965 afin d’élire domicile à Paris. Elle développe depuis, et sans relâche, un travail qui ressemble à s’y méprendre à une œuvre de combat, dont le Frac Lorraine, à Metz, donne à voir une quinzaine d’œuvres allant des années 1970 à récemment.

Un combat qui, bien entendu, prend pour matière à réflexion les problématiques migratoires et identitaires qui en découlent, mais montre également un engagement très marqué envers les droits des travailleurs, des minorités, des femmes, des exclus de la société. Cette œuvre, qu’il est véritablement possible de qualifier d’engagée sans décrédibiliser le terme, frappe par l’usage habile d’un vocabulaire plastique qui emprunte largement au langage conceptuel, afin de s’emparer du fait politique.

Les douleurs de l’exil
La phrase en néon Exile is a Hard Job d’ailleurs s’appuie à la marge sur une grande pièce de coton fixée au mur, sur laquelle sont sérigraphiés des clichés, des portraits comme des photos de famille d’exilés. Tous sont répétés à plusieurs reprises, puis s’affadissent progressivement jusqu’à laisser disparaître les traits qui, à certains endroits, ne sont plus que des contours, comme pour figurer un gommage forcé des âmes.
La disparition de l’humain, c’est également ce qui est pointé dans l’une des œuvres les plus fortes de l’exposition, où sur des fonds noirs photos et dessins légendés disposés en grilles narrent par le détail la nature des conditions de détention des femmes dans l’ancienne prison de la Roquette, à Paris, rapportées par une ancienne détenue (La Roquette, Prison de femmes, 1974-1975). La grande rigueur formelle et la précision de l’iconographie ne masquent pas la violence de l’enfermement, de la contrainte, de l’humiliation. L’enfermement comme frein à l’émancipation, est également au centre de l’une des installations les plus iconiques de l’artiste, réalisée peu auparavant en 1973, et qui reconstitue une yourte anatolienne dont les décors en peaux n’occultent pas la contrainte et l’absence de liberté des femmes qui les exécutent (Topak Ev). Plus récemment, Nil Yalter s’est intéressée, à travers la vidéo notamment, à la lapidation ou au problème de l’alphabétisation des femmes kurdes de Diyarbakir, dans un Kurdistan turc délaissé par les autorités centrales du pays. De tous côtés, une œuvre de combat assurément.

NIL YALTER

Jusqu’au 5 juin, Fonds régional d’art contemporain de Lorraine, 1 bis, rue des Trinitaires, 57000 Metz, tél. 03 87 74 20 02, www.fraclorraine.org, tlj sauf lundi 14h-19h, samedi-dimanche 11h-19h, entrée libre. Catalogue éd. Frac Lorraine, 64 p., 10 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°456 du 29 avril 2016, avec le titre suivant : Des convictions à l’œuvre

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