Des Ballets russes peu emballants

L’esprit de Diaghilev fait défaut à l’exposition du Barbican Art Centre

Le Journal des Arts

Le 1 avril 1996

Serge de Diaghilev fut l’un des imprésarios les plus inventifs que le monde ait connu. Non qu’il ait possédé quelque talent pour la composition musicale, la chorégraphie ou la scénographie, mais il savait détecter ces talents chez les autres et les canaliser au service d’une vision artistique. Ces qualités furent à l’origine de ballets éblouissants qu’une exposition londonienne n’évoque qu’imparfaitement.

LONDRES - Hommage à l’œuvre de Serge de Diaghilev (1872-1929), l’exposition de la Barbican Art Gallery se divise en deux sections inégales. La première partie est une pure merveille. Elle réunit, au premier étage, de nombreuses peintures, aquarelles, gouaches, œuvres d’art érotiques, gravures, sculptures, céramiques et photographies, prêtés pour la plupart par des musées russes, qui témoignent de l’éclatante vie artistique de Moscou et Saint-Pétersbourg pendant les années 1890-1900.

L’aventure du Monde de l’Art
La carrière russe de Diaghilev, en tant que critique d’art et organisateur d’expositions artistiques, est retracée de manière exhaustive. L’aventure du Monde de l’Art (Mir iskoustva), le groupe qu’il fonda en 1898 et dota d’un journal du même nom, est bien mise en évidence. Ann Kodicek, commissaire de l’exposition, a su illustrer ce mouvement par de nombreuses œuvres, dont le célèbre portrait Diaghilev et sa nurse de Léon Bakst, ainsi qu’un portrait d’Alexandre Benois, du même artiste ; des sculptures en céramique de Mikhail Vrubel, des bronzes de Pavel Troubetskoï et de nombreux dessins et aquarelles dus à Ivan Bilibin, Evgeny Lanceray, Konstantin Somov et d’autres artistes du groupe.

Des Ballets russes maltraités
Au rez-de-chaussée, la seconde partie de l’exposition est décevante. L’amateurisme dont a fait preuve le commissaire pour traiter les Ballets russes est navrant. Paul Dart, scénographe de l’exposition, a recréé huit beaux décors d’avant-scène mis en couleurs d’après des projets dessinés par Bakst, Benois, Golovine et Roerich pour les productions de Diaghilev. Malheureusement, les décors et les costumes ont été rassemblés au petit bonheur. Pratiquement aucun des splendides avant-projets de décors ou de costumes utilisés lors des représentations de L’Oiseau de feu, Schéhérazade ou Cléôpatre ne sont exposés, alors que beaucoup d’entre eux sont conservés dans des collections privées et publiques occidentales. En revanche, l’exposition nous donne à voir tous les dessins préparatoires de Narcisse, un ballet insignifiant tombé dans l’oubli.

Enfin, de nombreuses inexactitudes sont à déplorer. Ainsi, plusieurs dessins donnés à Bakst, Benois ou Roerich ne sont pas de leur main. Sur un des cartels accompagnant une photographie de Schéhérazade, Nijinsky a pris la place de Fokine. De plus, la photographie date de 1914 et non de 1910. Toutes ces erreurs, et d’autres encore, se retrouvent dans un catalogue très confus, pour ne pas dire bâclé, à l’exception de quelques articles intéressants. L’édition de poche de la biographie de Diaghilev par Richard Buckle lui est de loin préférable.

DIAGHILEV : CREATOR OF THE BALLETS RUSSES, jusqu’au 14 avril, Barbican Art Centre, Silk Street, Level 3, Londres, tél. 171 382 7105, ouvert tous les jours de 10h à 18h45, sauf le mardi jusqu’à 17h45, et le dimanche à partir de 12h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°24 du 1 avril 1996, avec le titre suivant : Des Ballets russes peu emballants

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