Dimanche 16 décembre 2018

Depardon l’Arlésien

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 septembre 2006 - 371 mots

À Arles où il est commissaire des Rencontres de la photographie, le photo­reporter et cinéaste Raymond Depardon a dessiné comme un autoportrait en négatif. Des grands photographes américains qui l’ont influencé, à ses compagnons de route, jusqu’à une magnifique ouverture avec la découverte de jeunes photographes « du politique et de la société », cette cuvée 2006 s’affirme subjective, nettement photojournalistique.
Si l’on veut comprendre qui est Depardon, reprenons le fil des images qui l’ont construit : tout d’abord les Américains d’Ansel Adams à Robert Adams exposés à l’Espace Van Gogh, en passant par la campagne électorale de John Fitzgerald Kennedy de Cornell Capa au palais de l’Archevêché. Puis ses compagnons de route, des fidèles comme Daniel Angeli, photographe de star, ou Don McCullin sur les traces de l’Afrique, exposés à l’ancien atelier mécanique de la SNCF. Dans cet endroit où la scénographie a été particulièrement soignée, on découvre Susan Meiselas. Photographe de l’insurrection au Nicaragua en 1979, elle est retournée là-bas vingt-cinq ans après et, sur de grands panneaux d’affichage, a remis ses photos « à leur place », geste symbolique à une époque où les images se perdent sur Internet et oublient leur histoire.
Depardon n’a pas joué seulement sur la corde sensible de l’amitié, il a su regarder en avant. Vers Sébastien Calvet, photographe politique, exposé avec Capa : pendant des mois, Calvet n’a pas lâché d’une semelle six élus en région PACA. Un agenda qui révèle la solitude et le labeur de ces hommes et rappelle la complexité de leur mandat, bien loin de l’absentéisme des bancs de l’Assemblée.
Autre réalité sèche, celle de l’esclavage domestique, insidieusement tapi derrière les façades « normales » prises « à froid » par Raphaël Dallaporta. En petit format, enserrés dans un cadre de béton, ces portraits architecturaux s’articulent au récit des privations et des sévices subis par les jeunes esclaves. Le mot est presque anachronique à notre époque mais les textes lui donnent une actualité glaçante. À l’heure où les photographes souffrent de la conversion de leurs clichés en illustration, en décor de papier, le festival réaffirme avec conviction la force et la nécessité de ces images.

« Les Rencontres d’Arles », tél. 04 90 96 76 06, jusqu’au 17 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°583 du 1 septembre 2006, avec le titre suivant : Depardon l’Arlésien

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