Dimanche 18 février 2018

Thématique

Déluge biblique et esthétique du cataclysme

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 9 août 2007

Le Musée Magnin, à Dijon, propose une exposition inédite sur le thème fécond
de la représentation diluvienne, de la Renaissance au XIXe siècle.

DIJON - « Le déluge fut quarante jours sur la terre. Les eaux crûrent et soulevèrent l’arche, et elle s’éleva au-dessus de la terre… ». Ces lignes tirées d’un long texte de la Genèse ont procuré aux artistes l’un de leurs thèmes de prédilection par ses multiples résonances religieuses, morales ou politiques. Des temps paléochrétiens jusqu’à nos jours, le récit vétéro-testamentaire de l’inondation destinée à laver l’humanité de ses pêchés a connu une permanence dont témoignent encore plusieurs centaines de toiles et de dessins. C’est ce que démontre avec brio cette exposition du Musée Magnin, à Dijon, conçue en collaboration avec le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, où elle poursuivra son parcours avec quelques variantes. Son propos a été volontairement resserré à une période chronologique allant de la Renaissance au XIXe siècle. « C’est avec la fresque d’Uccello pour le cloître de Santa Maria Novella [à Florence] que le thème quitte le champ de la représentation purement symbolique pour entrer dans celui de la narration », explique Rémi Cariel, co-commissaire de l’exposition et directeur du Musée Magnin.
Dès le XVIe siècle, la représentation du déluge, thème fondamental pour des artistes encore pétris de culture biblique, ne se limite plus à la figuration de Noé et de son arche, mais commence à faire l’objet de scènes plus complexes illustrant la montée des eaux, alors que l’arche est reléguée au second plan. Si la fresque d’Uccello (vers 1447) n’est évidemment pas présentée dans l’exposition, de nombreux dessins et gravures et viennent témoigner d’une évolution similaire. Plus tard, Michel-Ange ou Raphaël livrent à leur tour des peintures murales offrant un répertoire de motifs qui deviendront des poncifs des scènes de déluge, alors que le courant maniériste affectionne cette thématique qui autorise la figuration du chaos par des amas de chairs et de musculatures. La connotation moralisatrice se fait plus prégnante dans la peinture flamande, où le thème est souvent conçu en pendant au Jugement dernier. Chez Cornelis Cornelisz, l’allusion est plus voilée lorsque l’humanité antédiluvienne est représentée telle une scène mythologique, seule une discrète arche de Noé venant rappeler que la musique et l’union illicite y symbolisent la perversion du genre humain.

Un thème fédérateur
Au XVIIe siècle, le propos devient plus synthétique. Les peintres mettent désormais l’accent sur la dramaturgie de la scène et se concentrent sur un groupe plus restreint de figures, traitées comme des académies. L’œuvre clef de cette période demeure L’Hiver ou le Déluge (1660-1664) appartenant à la série des Quatre saisons de Nicolas Poussin – présentée ici par une belle copie du XVIIIe siècle. Celle-ci résume l’humanité à la représentation de la dernière famille, comme l’illustreront au XIXe siècle, avec un cadrage plus resserré, Regnault, Füssli ou Girodet. Depuis l’époque des Lumières et alors que s’instaure une distance critique avec la Bible, les peintres puisent désormais leur inspiration dans la littérature de Salomon Gessner ou de John Milton, alors que se produit une collusion entre le thème du déluge, la scène de genre ou la représentation de catastrophes naturelles (tremblements de terre, éruptions volcaniques). Chez Girodet, le déluge conserve la noblesse de la peinture d’histoire, tandis que les paysagistes anglais, parmi lesquels Turner, s’en emparent sur un mode panoramique et apocalyptique. Si le référent biblique ne disparaît jamais totalement, il ne fait nul doute, au sortir de cette exposition, que le déluge est resté une thématique fédératrice au travers des âges, des genres et des styles.

Visions du déluge, de la Renaissance au XIXe siècle

Jusqu’au 10 janvier 2007, Musée Magnin, 4, rue des Bons-Enfants, 21000 Dijon, tél. 01 44 13 17 17, tlj sf lundi, 10h-12h, 14h-18h. Catalogue, éd. RMN, 128 p., 29 euros, ISBN 2-7118-5121-4.

VISIONS DU DÉLUGE

- Commissariat : Rémi Cariel, directeur du Musée Magnin, Dijon, et Sylvie Wuhrmann, conservatrice à la Fondation de l’Hermitage, Lausanne - Nombre de salles : 7 - Nombre d’œuvres : 98

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°245 du 20 octobre 2006, avec le titre suivant : Déluge biblique et esthétique du cataclysme

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