Mardi 25 septembre 2018

Délicieux jardins de peintres

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 6 août 2007 - 368 mots

En Allemagne, le Städel Museum de Francfort dépeint le rôle du jardin dans l’art depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours, dans une importante exposition rassemblée sur deux plateaux. Promenade.

Si le paysage est un genre pictural, le jardin est un sujet, un élément que l’on retrouve aussi bien dans la peinture religieuse que mythologique. Hortus conclusus est le fameux jardin clos où se réfugie souvent la Vierge, dans ce lieu préservé à l’image de son hymen. Un jardin qui rappelle bien sûr le paradis perdu, point de départ de cette exposition fleuve avec, en pièce maîtresse, un petit panneau de bois peint au xve siècle.

Le jardin sous l’Ancien Régime
Le jardin, lieu protégé des tensions du monde, carré de distraction, de relaxation, d’apprentissage et d’inspiration, a inspiré les peintres à travers les époques. L’exposition en cela n’a rien de répétitif comme aurait pu l’être une exploration chronologique du paysage.
Car dans le jardin, l’artiste picore, assemble, invente. Dürer et son école dessinent à la perfection les plantes nichées contre un mur tandis que Rubens imagine les jardins de Vénus, la fameuse île de Cythère vers laquelle Watteau embarque un groupe de jeunes gens.
Sur les arpents de ce monde réinventé de toutes pièces pour le génie de l’homme, on se pose, à la recherche de cette harmonie placide et sans danger qui fait défaut au dehors. Les romantiques allemands s’attardent eux aussi dans ce jardin avec une introspection douce et moins bouleversée que devant les grands espaces maritimes ou montagneux qu’ils aiment peindre.

La friche d’après-guerre
L’avènement du jardin après ses grandes heures royales, partagées entre les rectitudes des principes classiques et la spontanéité anglaise parfaitement contrôlée, viendra de la révolution industrielle. Le petit lopin de terre devient essentiel : on y joue, on s’y perd. Monet sera l’un des rares peintres-jardiniers, Giverny son chef-d’œuvre botanique engendrant les toiles parmi les plus fameuses du patriarche de l’impressionnisme.
L’agrément bucolique se perd ensuite dans les méandres de la guerre. Il n’inspirera plus qu’avec distance les peintres, mêlant les spéculations scientifiques aux réflexions sur les théories de l’évolution des étonnants jardins dada de Max Ernst aux espaces géométriques de Paul Klee. L’histoire des jardins s’écrit résolument en peinture.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Délicieux jardins de peintres

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