Jeudi 12 décembre 2019

Delacroix et l’outil photographie

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 22 janvier 2009 - 369 mots

On s’attendait à voir des clichés réalisés par Eugène Delacroix (1798-1863) lui-même. Intitulée « Delacroix et la photographie », l’exposition ne comprend pourtant aucune photographie faite par le peintre.

Non seulement Delacroix ne s’adonnait pas à cette pratique, mais, bien qu’il s’y soit intéressé de très près, il n’a utilisé ce tout nouveau support qu’à des fins instrumentales. Tel est le sujet de l’exposition.
Dans la première salle sont regroupés une trentaine de portraits de l’artiste, parmi lesquels des daguerréotypes intimes et émouvants réalisés par son cousin Léon Riesener en 1842 et des portraits plus officiels, par quelques-uns des plus grands photographes de l’époque, Nadar, Pierre Petit et Étienne Carjat dans les années 1850-1860, montrant un Delacroix fort rigide et peu enclin à ce type d’exercice. La deuxième salle est dédiée à la documentation photographique de Delacroix, grand collectionneur de clichés. On y trouve un étonnant cliché-verre (Tigre en arrêt, 1854), une technique à mi-chemin entre la gravure et la photographie, utilisée par le peintre qui montre ici son intérêt pour les différentes techniques de reproduction.
Noyau dur de l’exposition, la dernière partie, dans l’atelier du peintre, regroupe une trentaine de calotypes (tirages d’après négatif sur papier) de personnages nus, qui appartenaient à Delacroix, accompagnés des dessins réalisés par lui-même d’après ces modèles. « De la même façon qu’un pianiste fait ses gammes, Delacroix se servait de ces photographies pour travailler et perfectionner sans cesse sa technique du dessin », explique Christophe Leribault, directeur du musée.
Insatisfait des clichés du commerce, l’artiste demanda à son ami photographe Eugène Durieu (qui était aussi, pour l’anecdote, administrateur des Cultes) de photographier des nus selon ses propres indications. En ressortent deux types de dessins   : ceux ayant été réalisés rapidement pendant la séance, d’autres, plus précis et ombrés, inspirés des clichés. Seule œuvre peinte réalisée par Delacroix d’après une photographie, L’Odalisque (1857), exposée pour la première fois, est le bijou de l’exposition. Face à la photographie noir et blanc qui servit de modèle au peintre, on mesure la liberté qu’a prise l’artiste, l’ampleur de son imagination et l’étendue de son génie.

A voir

« Delacroix et la photographie », Musée national Eugène-Delacroix, 6, rue de Furstenberg, Pais VIe, www.musee-delacroix.fr, jusqu’au 2 mars 2009.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°610 du 1 février 2009, avec le titre suivant : Delacroix et l’outil photographie

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