Samedi 24 février 2018

De l’art du collage appliqué au septième art

L'ŒIL

Le 29 janvier 2009

L’une des procédures plastiques à laquelle recourt volontiers Agnès Varda dans ses films relève de la pratique du collage, au sens élargi du mot.

Si celle-ci est aux arts plastiques ce que le montage est au cinéma, l’artiste en multiplie les possibles en incluant dans le champ de l’image filmée d’autres images afin de faire se télescoper des temporalités et des spatialités de nature différente.
Ainsi du portrait figé en couleurs d’Andy Warhol qui vient se plaquer sur une scène tournée en noir et blanc du groupe des Lions Love. Ainsi de ce plan où paraît la main de la cinéaste tenant du bout des doigts un chat, la reproduction d’une eau-forte de Prassinos sur fond d’une peinture tachetée noir et blanc du peintre (voir p. 80). Ainsi de ces effets de transparence où tout se chevauche et s’emmêle pour former une image d’un énième type digne du meilleur Picabia.

Une écriture cinématographique plastique
À la façon des peintres qui s’amusent à précipiter notre regard dans les dédales de toutes sortes de jeux d’espaces, Agnès Varda prend comme un malin plaisir à faire surgir un visage dans le reflet d’un miroir pour le faire réapparaître tout aussitôt ailleurs. Si, comme elle dit, les miroirs sont les « outils par excellence de l’autoportrait », force est de reconnaître que Les Plages d’Agnès en font un usage détourné tant elle se plaît à faire entrer dans ces miroirs d’autres miroirs, des vagues, et d’autres visages que le sien.
Quand ce ne sont pas des jeux de réflexion, Agnès Varda se plaît à décliner superpositions et juxtapositions, comme il en est dans le polyptyque vidéo des Veuves de Noirmoutier. Un vrai chef-d’œuvre digne d’une tragédie grecque. « Les extraits de mes films, précise-t-elle, ont été traités comme si l’ensemble de mes films était une banque de données et que je pouvais utiliser une scène de fiction ou de documentaire hors de son contexte. » Collage et puzzle tout à la fois, Les Plages d’Agnès s’offrent à voir finalement comme un kaléidoscope dont la forme singulière procède de ce que Varda nomme une « cinécriture ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°610 du 1 février 2009, avec le titre suivant : De l’art du collage appliqué au septième art

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