Samedi 21 septembre 2019

Musée de Lodève, Lodève (34)

De Gauguin aux Nabis

Jusqu’au 14 novembre 2010

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 août 2010 - 394 mots

Le musée de Lodève, pittoresque bourg de 8 000 habitants niché au pied du Causse du Larzac, propose chaque été une exposition de qualité.

Le cru 2010 porte un regard particulièrement érudit sur deux chapitres de l’histoire de l’art : l’école de Pont-Aven, suivie de l’aventure des Nabis.
Gauguin, élève de Camille Pissarro de 1879 à 1881, prend rapidement ses distances avec le mouvement impressionniste. Habité par un impérieux désir de retrouver « le sauvage, le primitif », il fait de fréquents séjours en Bretagne à partir de 1886. Bientôt rejoint à Pont-Aven par quelques peintres dont Émile Bernard, Charles Filiger, Charles Laval et Armand Seguin, il partage avec ses amis une ambition : « Le droit de tout oser ». Des aplats de couleurs pures, d’audacieux cadrages, la rupture avec les règles de la perspective euclidienne, une extrême simplification des formes caractérisent une volonté de synthétisme : « Formes et couleurs deviennent simples, dans une égale unité », Émile Bernard.

Ces idées seront reprises par les Nabis (en hébreu : « inspirés de Dieu »). Bonnard, Vuillard, Denis, Vallotton, Ranson, Ibels, Lacombe ou Roussel, ces trois derniers hélas quelque peu oubliés des historiens d’art, osent des avancées formelles qui s’avèrent fondamentales pour comprendre l’histoire des formes au xxe siècle. Depuis 1993 et l’exposition du Grand Palais à Paris, il n’y a pas eu d’exposition des Nabis en France.

Le musée de Lodève comble heureusement cette lacune en présentant cent soixante-huit œuvres, des peintures, mais aussi des sculptures, des dessins, des projets de meubles et de papiers peints, des marqueteries, des céramiques et des faïences, sans oublier les manuscrits. En effet, fidèles aux idées de Gauguin, les Nabis avaient aboli toutes frontières entre arts majeurs et mineurs.

« Ville d’art et d’histoire » légitimement fière de son musée, Lodève réserve d’autres jolies surprises. L’insolite et subtilement antimilitariste monument aux morts de Paul Dardé, un enfant du pays, l’ancienne chapelle des Pénitents blancs transformée en lieu d’exposition d’art contemporain joliment baptisé « O marches du palais », doublé d’une exigeante cave à vin, les ruelles pentues au tracé médiéval dominées par la cathédrale, font de cette cité un lieu où passé et présent résonnent en juste harmonie.

Voir

« De Gauguin aux Nabis, le droit de tout oser », musée de Lodève, Hôtel du Cardinal de Fleury, square Georges-Auric, Lodève (34), www.lodevoisetlarzac.fr, jusqu’au 14 novembre 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°627 du 1 septembre 2010, avec le titre suivant : De Gauguin aux Nabis

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