Mardi 11 décembre 2018

De Fra Angelico à Bonnard, en passant par Le Greco

Le Musée du Luxembourg accueille une partie de la collection du docteur Gustav Rau

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2000 - 721 mots

Quel rapport entre Fra Angelico, Le Greco, Boudin, Courbet, Caillebotte ou Klimt ? Tous figurent au Musée du Luxembourg où une centaine d’œuvres de l’impressionnante collection (un peu moins d’un millier de sculptures et peintures) du docteur Gustav Rau ont été sélectionnées. Plus prestigieuse que didactique, l’exposition inaugure les nouvelles responsabilités du Sénat au Musée du Luxembourg.

PARIS - Commencée à la fin des années soixante, la collection du docteur Rau témoigne de goûts pour le moins éclectiques, allant de l’Italie à la France, du XVe au XXe siècle, de Fra Angelico à Bonnard... Le Musée du Luxembourg a opté pour un classement pédagogique des toiles par écoles. Deux fragments d’un des retables exécutés par Fra Angelico pour le maître-autel de San Domenico à Fiesole annoncent ainsi une série de peintures de la Renaissance italienne. Viennent ensuite les Flandres et les Pays-Bas, la France et l’Angleterre, avec des toiles de maîtres – parfois de véritables chefs-d’œuvre – signées Tiepolo, Millet ou Fragonard. Si le choix d’un tel parcours est discutable, la qualité des œuvres sélectionnées fait l’unanimité. L’École espagnole, tout juste évoquée, comprend deux tableaux très expressifs : le Saint Jérôme (1636) de José de Ribera et le Saint Dominique en prière (1600-1610) du Greco, grande figure solitaire dialoguant avec un crucifix dans un austère paysage castillan. L’accrochage, relativement bas, rend les toiles plus accessibles. La collection compte également un nombre important de portraits (plus du tiers des toiles sélectionnées) de femmes, hommes, vieillards, enfants, parmi lesquels un gracieux Portrait de jeune femme (1525) de Bernardino Luini, qui rappelle l’influence que Léonard de Vinci exerça sur lui. Le Portrait d’homme (1670) de Gérard Ter Borch ou L’Algérienne de Camille Corot, à l’attitude pensive, voire mélancolique, montrent tous deux l’attrait d’un visage ou d’un regard. Le Buste de femme (1876) de Renoir nous amène au mouvement impressionniste – pour lequel le docteur Rau semble avoir un intérêt particulier – puis aux fauves, en passant par les nabis et les symbolistes. Des œuvres de Pissaro ou Sisley entourent six toiles réalisées par Manet, tels Le Pont de bois (1872) évoquant la saison hivernale par l’emploi de couleurs froides ou la Maison dans la neige en Norvège (1895) qui exprime la luminosité du ciel par des variations monochromes sur le blanc. Deux autoportraits austères de Vuillard contrastent harmonieusement avec les scènes de famille, représentant des femmes tendres et leurs enfants, peintes par Maurice Denis. Le collectionneur déclare s’intéresser à l’art contemporain sans pour autant le comprendre ; c’est la raison pour laquelle ses acquisitions s’arrêtent pratiquement aux expressionnistes. Fidèle à ses activités humanitaires, Gustav Rau a légué la totalité de sa fortune à l’Unicef qui disposera de certaines toiles ; le noyau de la collection étant destiné à être mis en dépôt pour un certain nombre d’années au Musée du Luxembourg.

La “prise de pouvoir” du Sénat
Grâce à ces œuvres, le Musée du Luxembourg acquiert une capacité d’échange avec les autres musées ; ce qui facilite le montage de manifestations plus thématiques. Selon Yves Marek, conseiller culturel du Sénat, l’exposition, qui a coûté près de 10 millions de francs, reçoit quelque 1 000 visiteurs par jour et de 1 500 à 2 000 le week-end. Il ajoute que ce “succès” était nécessaire pour appuyer la “prise de pouvoir” du Musée du Luxembourg. En effet, jusqu’alors, le ministère de la Culture et le Sénat se partageaient, non sans heurts, la programmation du lieu. Depuis le 18 février, l’assemblée parlementaire en assume l’entière responsabilité et prévoit deux types d’orientations pour les années à venir : des hommages à la Renaissance italienne alterneront avec des rétrospectives, comme la célébration du centenaire de la mort de Gauguin au printemps 2003. En attendant, le Musée du Luxembourg accueillera du 22 février au 20 mai 2001 une exposition “Rodin”, organisée par la RMN. Imaginé par le Musée Rodin, l’événement sera une reconstitution de la manifestation consacrée à l’artiste en 1900. Des plâtres des œuvres du sculpteur investiront le jardin du Luxembourg, accompagnés de bronzes prêtés par le musée de la rue de Varenne.

- DE FRA ANGELICO À BONNARD – CHEFS-D’ŒUVRE DE LA COLLECTION RAU, jusqu’au 4 janvier, Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard - 75006 Paris, tél. 01 42 34 28 64, tlj, 11h-19h et 11h-22h jeudi. Catalogue édité par Skira, 270 p., 350 F ou 195 F.

Un photographe entre ciel et terre

Accrochées aux grilles du jardin du Luxembourg, côté rue de Médicis (jusqu’à fin octobre), les prises de vues aériennes réalisées dans le monde entier par Yann Arthus-Bertrand ne cessent d’attirer les foules. Le Musée Guggenheim de Bilbao (Espagne), la Cordillère des Andes (Pérou), un vol d’ibis rouges (Venezuela), une forêt d’automne au Québec (Canada) ou l’œil des Maldives (océan Indien) se trouvent parmi les 120 images représentant “La terre vue du ciel�?. Gratuit et mis en lumière la nuit, l’accrochage comprend souvent des messages à caractère écologique. À l’entrée du jardin, sous une tente, les coulisses du reportage (étalé sur dix ans) sont dévoilées dans un film de vingt minutes tandis qu’un planisphère géant, installé un peu plus loin, permet de suivre l’itinéraire du photographe. Le livre de Yann Arthus-Bertrand s’est vendu à 600 000 exemplaires et se trouve actuellement en rupture de stock. Le Sénat, à l’initiative de l’exposition, a d’autres projets de ce type, notamment sur l’œuvre de Robert Doisneau.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°111 du 22 septembre 2000, avec le titre suivant : De Fra Angelico à Bonnard, en passant par Le Greco

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