Dimanche 24 janvier 2021

Lens (62)

Danse avec les arts

Musée du Louvre-Lens jusqu’au 29 février 2016

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 18 janvier 2016 - 312 mots

Si vous pensez tout savoir sur la fête galante, un détour par le Louvre-Lens s’impose. Ce sujet très vendeur a été exploité à moult reprises par les musées, souvent, il est vrai, sans grande inventivité.

Plutôt qu’un énième florilège de peintures légères et séduisantes du Siècle des lumières, l’établissement propose une étude pointue mais rafraîchissante sur les sources de ce thème et son rayonnement insoupçonné à travers l’Europe. La fête galante et la pastorale, popularisées respectivement par Watteau et Boucher, sont deux genres grandement héritiers de la peinture septentrionale du XVIIe siècle. Le parcours s’ouvre ainsi logiquement sur des tableaux de Steen, Van Yperen et Janssens chantant les délices de l’amour et les danses champêtres. Ces préliminaires parfois grivois donnent la mesure du tournant opéré par Watteau. Le peintre transpose en effet cet univers rural dans la sphère de l’aristocratie et du théâtre en le teintant d’une vision poétique. Belles alanguies, scènes de badinage et couleurs gaies trouvent un écho profond dans les aspirations de la société du XVIIIe. La fête galante puis la pastorale, qui utilise les mêmes ressorts, rencontrent par conséquent un succès planétaire. Les maîtres puis leurs suiveurs les diffusent massivement, notamment via la gravure. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est à quel point ces motifs ont irrigué toutes les disciplines, de la céramique aux arts vivants, en passant par le mobilier. La belle séquence dédiée aux arts décoratifs illustre combien ces genres ont été des répertoires inépuisables pour toutes les manufactures d’Europe. La dernière partie ouvre des horizons tout aussi inattendus en pointant leur influence vigoureuse et pérenne sur la peinture occidentale. L’occasion de revoir Gainsborough ou Goya sous un angle nouveau, mais aussi de découvrir des artistes quasi inconnus comme Grund. Intelligemment, la mise en scène fait dialoguer les différents médiums, soulignant l’intense émulation qui existait alors entre tous les arts. Subtil et efficace !

« Dansez, embrassez qui vous voudrez. Fêtes et plaisirs d’amour au siècle de Madame de Pompadour »

Musée du Louvre-Lens, 99, rue Paul-Bert, Lens (62), www.louvrelens.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°687 du 1 février 2016, avec le titre suivant : Danse avec les arts

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