Lundi 17 décembre 2018

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Dans la lumière absolue

L'ŒIL

Le 1 février 2001 - 250 mots

En se convertissant au christianisme en 988, la Russie adopte le modèle religieux byzantin et notamment la conception de l’image sacrée telle qu’elle avait été fixée à l’issue de la crise iconoclaste, en 843. Légitimée par le recours au dogme de l’Incarnation, par laquelle Dieu se rend visible et présent aux hommes, et par l’exemple des portraits miraculeux du Christ, images « non faites de main d’homme », rapportés par la tradition, l’icône ne prétend pas partager la nature des personnages sacrés qu’elle représente, ce qui en ferait une idole, mais permet d’entrer en relation avec eux. Elle obéit à une codification stricte : fond d’or, perspective inversée, lumière « absolue » ne projetant pas d’ombre. Les icônes russes se singularisent aussi bien sur le plan technique (préparation du support), stylistique (fluidité et franchise des couleurs) qu’iconographique : aux personnages et aux thèmes traditionnels, elles ajoutent une myriade de saints locaux. La tradition de l’icône s’est perpétuée pendant des siècles. Mais à partir du XVIIIe, les emprunts naturalistes et décoratifs faits à l’art occidental vont altérer la nature foncièrement abstraite et idéaliste de l’icône et précipiter son déclin. Fondateur de la Galerie nationale qui porte son nom, Pavel Tretiakov (1832-98) contribua amplement à faire reconnaître la valeur artistique des icônes. Une cinquantaine d’œuvres provenant du musée moscovite représentent ici les différentes écoles russes, du XIVe au XXe siècle, et témoignent d’un art beaucoup plus varié et inventif qu’il n’y paraît au premier abord.

MARTIGNY, Fondation Pierre Gianadda, jusqu’au 17 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°523 du 1 février 2001, avec le titre suivant : Dans la lumière absolue

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