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Coptos, 35 siècles d’histoire

L'ŒIL

Le 1 mars 2000

Un chaos de blocs épars affichant quelques faces hiéroglyphiques, des arasements de temples enlisés dans le sable du désert égyptien, la présence alentour de la ville moderne menaçant irrémédiablement les dernières traces d’un passé ancestral... C’est la vision désolée qu’offre aujourd’hui l’antique Coptos, fixée par l’objectif de Geneviève Galliano. « Les effets conjugués des pillages et du temps ont eu raison de cette cité multimillénaire, constamment occupée de l’époque prédynastique à la fin de l’Empire romain » regrette le commissaire de l’exposition lyonnaise. Sur les rives du Nil, à une quarantaine de kilomètres de la très touristique Louxor, Coptos fut le siège d’une activité florissante fondée sur une situation géographique doublement stratégique, à proximité du wadi Hammamât et de la Mer Rouge. Le premier lui offrait ses précieuses ressources en or et en minéraux, ses carrières inépuisables de porphyre et de greyhacke, le fameux schiste vert-noir dans lequel furent réalisées les plus belles effigies de l’Égypte antique – celles de Mykérinos en particulier, présentées récemment au Grand Palais. La seconde transforme Coptos, à partir de l’époque romaine, en une véritable plaque tournante du commerce international où transitent, selon les dires de Strabon, soie de Chine, vin romain, ivoires d’Éthiopie ; où se mêle aussi une humanité bigarrée de soldats, négociants, aventuriers aux accents grecs, latins, arabes et égyptiens. « Tout l’enjeu de l’exposition est de restituer cette ville effervescente, diverse et polyglotte » déclare Philippe Durey, le conservateur général du musée des Beaux-Arts. Au service de cette ambition, « les 15 tonnes d’antiquités (...) rapportées en France » en 1911 par l’archéologue Adolphe Reinach, formant actuellement 70% des collections permanentes du département des antiques. À une époque où les vestiges, à peine exhumés du sous-sol égyptien, venaient directement alimenter les fonds des musées européens, l’industriel lyonnais Guimet se propose de financer le convoi et destine à sa ville natale cette riche manne, plutôt qu’à son institution parisienne déjà fort encombrée. 90 ans plus tard, une exposition propose enfin un premier bilan scientifique sur le site. Elle accorde une attention particulière au culte de Min, divinité tutélaire reconnaissable à sa coiffe emplumée et son phallus dressé, exhibé en signe de régénération. À noter aussi, les vitrines regorgeant de petites productions en terre cuite (dromadaires à couronnes fleuries, étonnantes figurines d’Athéna soulevant leurs toges jusqu’en haut des cuisses...). Avec « Coptos », le Musée des Beaux-Arts de Lyon signe sa première exposition d’archéologie. Philippe Durey et Geneviève Galliano entendent bien ne pas en rester là et conduire, pour leur département des antiques, une politique d’exposition temporaire comparable à celle des autres départements. Prochain rendez-vous dans trois ans avec, semble-t-il, une évocation des divinités chypriotes.

LYON, Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 7 mai, cat. coéd. RMN, 240 p., 245 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°514 du 1 mars 2000, avec le titre suivant : Coptos, 35 siècles d’histoire

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