Jeudi 20 septembre 2018

Japonisme

Copié-collé

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 2006 - 565 mots

De l’influence nippone sur les arts décoratifs européens.

 Paris - L’exposition de la maison de la culture du Japon présente un double intérêt : première de cette envergure en France à se consacrer aux pochoirs en papier utilisés au Japon à partir du XIIIe siècle pour peindre les tissus, elle montre leur influence sur une forme de japonisme tardif et moins connu, en vogue dans les arts appliqués. Plus de 200 pièces provenant de musées et de collections privées, japonaises et européennes, témoignent de la contribution des katagami au renouveau des arts décoratifs dès leur arrivée sur le marché européen à la fin du XIXe siècle. La démonstration s’ouvre sur une section japonaise introductive : issus pour la plupart de la seconde moitié de l’époque d’Edo (1603-1868), des échantillons montrent la sophistication et la richesse iconographique des motifs géométriques, floraux, animaliers et paysagers. Peintures et vêtements d’époque illustrent, par ailleurs, leurs applications dans l’industrie textile. On salue l’effort pédagogique des panneaux qui prodiguent un véritable cours d’initiation aux techniques traditionnelles, en s’aidant des termes japonais. Il est ainsi expliqué au visiteur la distinction entre les motifs chûgata et komon, découpés au kiri-bori, tsuki-bori ou dôgu-bori, c’est-à-dire au poinçon, au canif ou à l’emporte-pièce, avant d’être réservés pendant la teinture grâce à un enduit de pâte de riz, ou à l’inverse teints par application de couleur sur un pochoir ajouré. Un changement d’ambiance colorée marque l’entrée dans la section européenne. Quatre aires géographiques – l’Allemagne et l’Autriche, l’Angleterre et les États-Unis, la Belgique, et enfin, la France –, évoquent l’impact des katagami, notamment, sur l’Art nouveau et l’Art déco. Le placement en vis-à-vis des affiches, meubles, tissus, bijoux, vaisselle et de leurs modèles japonais supposés, convainc de l’appropriation de l’esthétique nippone par le design industriel européen. À Vienne, les œuvres de Koloman Moser et Josef Hoffmann montrent des similitudes éclairantes avec les motifs de pochoirs qu’ils avaient étudiés ou collectionnés. Ainsi, l’exposition affirme-t-elle le tribut dû par le mouvement « Vienne 1900 » à l’art japonais. De même, l’Art nouveau belge de Victor Horta ou Henry van de Velde reprend à son compte le répertoire nippon de formes sinueuses inspirées de la nature. De belles pièces de Lalique, Gallé ou Guimard enrichissent la partie française en comparaison avec une section anglo-saxonne plutôt pauvre. L’intérêt de la présentation pour l’histoire de l’art du XIXe siècle fait regretter une scénographie maladroite : les sections, excessivement morcelées, communiquent sans logique de circulation apparente, rendant le parcours du visiteur chaotique. Une mauvaise gestion de l’éclairage, pas seulement expliquée par les nécessités de conservation – cartels dans l’obscurité, panneaux peu lisibles sous une lumière changeante – nuit à l’intelligibilité du propos. La fragilité des œuvres est, cependant, bien à l’origine du remplacement d’un grand nombre d’entre-elles à partir du 13 décembre. Une bonne raison d’y retourner deux fois ?

Katagami. Les pochoirs japonais et le japonisme

Jusqu’au 20 janvier 2007, Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis, quai Branly, 75015 Paris, tél. 01 44 37 95 01, www.mcip.asso.fr, tlj sauf lundi/dimanche, 12h-19h, jeudi 12h-20h. Catalogue, éd. Japan Foundation, 176 p., 30 euros. - Commissaires : Akiko Mabuchi, ancien conservateur au Musée national d’art occidental de Tokyo et professeur à la Japan Women’s University ; Iwao Nagasaki, ancien conservateur au Musée national de Tokyo et professeur à la Kyôritsu Women’s University ; Yôko Takagi, professeur à la Bunka Fashion Graduate University

Libres échanges

Les éditions Phaidon viennent de publier un beau livre sur le japonisme. Dans cet ouvrage richement illustré, Lionel Lambourne, directeur du département des peintures au Victoria and Albert Museum de Londres, évoque l’influence des estampes et objets d’art japonais sur toutes les disciplines artistiques en Occident. Japonisme, échanges culturels entre le Japon et l’Occident, Lionel Lambourne, éd. Phaidon, Paris, 2006, 240 pages, 59,95 euros, ISBN 0-7148-9667-5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°248 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Copié-collé

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque