Mercredi 17 octobre 2018

Contre-images, le photographique en question

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 septembre 2004 - 391 mots

Du rôle de la photographie au regard de la notion d’image… Historiens, artistes et critiques n’ont de cesse de gloser depuis que cette technique de prétendue reproduction du réel est apparue pour tenter d’en cerner l’intelligence. Comme le rappelle Régis Durand, l’un des auteurs du catalogue de l’exposition « Contre-images » présentée cet été au Carré d’art à Nîmes, « Rosalind Krauss est celle à qui on doit l’invention de cet objet théorique qu’est le photographique, et qu’elle définit ainsi : “…une sorte de grille ou de filtre au moyen duquel on peut organiser les données d’un autre champ qui se trouve par rapport à lui en position seconde” ». Toute la problématique de la photographie se situe donc dans cet écart entre ces deux champs. Formé sur le modèle de contretype, le néologisme de « contre-images » qu’a imaginé Françoise Cohen, la directrice de l’institution nîmoise, pour intituler l’exposition dont elle est le commissaire, sanctionne cet entre-deux. La réunion d’œuvres – voire de chefs-d’œuvre – qu’elle a orchestrée a un double mérite. Elle est tout d’abord très peu commune et fait judicieusement se côtoyer figures aînées et artistes contemporains en un parcours tout à la fois interrogatif et éclairant. Elle en appelle ensuite à des pratiques artistiques diverses – peinture, dessin, sculpture, photographie, projection de diapositives et de vidéos – comme pour mieux sanctionner tant la pluralité des relations du fait photographique aux autres arts dans sa nature ontologique que la distance suffisante avec laquelle en use l’artiste. Ce faisant, « Contre-images » s’applique à mettre à bas un cliché (c’est le moins que l’on puisse dire) qui est de considérer la photographie dans un rapport exclusif à la peinture. Parce que, comme le note Françoise Cohen, l’interrogation centrale à la sélection des œuvres qu’elle a retenues – de Giacometti, Hucleux, Penone, Orozco, Brancusi, Tuymans, Coleman, Richter et Rielly notamment – est « la question de la vérité », c’est que « le sujet de l’exposition est contenu entre trois pôles : le réel, l’image, le mental ». Réflexion et confrontation sur l’étant, le montré et le pensé, tel est en fait l’objectif de cette exposition puissamment singulière que l’architecture de Norman Foster et l’accrochage rendent efficacement lumineuse.

« Contre-images », NÎMES (30), Carré d’art/Musée d’Art contemporain, place de la Maison carrée, tél. 04 66 76 35 70, 4 juin-26 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°561 du 1 septembre 2004, avec le titre suivant : Contre-images, le photographique en question

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