Concentré d’exposition

Bertrand Lavier fête un quart de siècle de création à Genève

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 29 juin 2001 - 486 mots

Pour sa rétrospective au Musée d’art moderne et contemporain de Genève (Mamco), Bertrand Lavier a choisi d’exposer ses expositions. Reproduites plus ou moins fidèlement, une quinzaine d’entre elles établissent un parcours dans un travail conçu par chantiers, où la forme reprend ses droits sur l’idée.

GENÈVE - “Je fais des expositions, je ne suis pas un producteur d’œuvres, je n’ai pas d’atelier. Les œuvres naissent à propos d’une exposition”, déclarait en 1984 Bertrand Lavier à Daniel Soutif (entretien paru dans Libération et reproduit dans Conversations 1982-2001, éd. Mamco). Et bien soit. De “Polished (lucidato)”, en 1976, au New York Fine art building, à la “Salle de jeux” réalisée à Genève pour l’occasion, c’est par une exposition d’expositions que le Mamco jette un regard rétrospectif sur l’œuvre de l’artiste. Mais tout n’est pas aussi simple qu’un réfrigérateur posé sur un coffre-fort (Beko/Fichet-Bauche, 1985), classique d’un artiste connu pour ses détournements et associations d’objets. Présentées à la galerie Éric Fabre à Paris en 1981, les “Cinq pièces faciles” sont ainsi réactualisées avec d’autres objets peints, recouverts de manière aussi artistique qu’anonyme de la “touche Van Gogh” utilisée par Bertrand Lavier depuis une vingtaine d’années : l’armoire Roneo (1991), le placard à dossiers suspendus L. F. (2001), le placard à vestiaire Mr Albert (2001), le réfrigérateur Rosières (2001) et le piano Klein (2001) remplacent leurs aînés de vingt ans, comme si la valeur d’usage (l’exposition) avait été préférée à la valeur fétichiste et marchande de l’original. “Je considère qu’un chantier n’est jamais fermé. Un piano peint en 1990 (problématique borgésienne) est-il le même piano peint en 1980 ?”, se demandait l’artiste il y a plus de dix ans (Art Press, février 1991).

Disposés en enfilade au dernier étage du musée, ou intégrés dans les collections permanentes, une quinzaine de “remakes” plus ou moins fidèles se succèdent. Le parcours permet de revoir la dignité rendue à des bandes-amorces destinées à rester dans l’ombre (“Sensitive”, Cahors, 2000) ; les Reliefs-peintures et Miroirs peints présentés simultanément en 1998 au Magasin de Grenoble lors de l’exposition “Dramatically different” ; ou l’ensemble du Walt Disney Museum, tout droit sorti d’un épisode de Mickey et montré à Paris par la galerie Denise René en 1997. Mais au-delà, l’interaction des expositions favorise évidemment l’éclosion de nouveaux axes de recherches dans un travail qui dévoile dans sa longueur ses qualités formelles. Ainsi, le Pylône chat (1993, Dijon), structure métallique coupée par le sol et le plafond du musée, trouve un écho tragique et maniéré dans le Pylône peint écrasé (galerie Yvon Lambert, Paris 2000), lui-même confronté à l’épave accidentée de La Giulietta (galerie Durand-Dessert, 1993). Comme la tôle, le temps a aussi ses torsions.

- BERTRAND LAVIER, EXPOSITIONS 1976-2001, jusqu’au 9 septembre, Mamco, 10 rue des Vieux Grenadiers, 1205 Genève, Suisse, tlj sauf lundi 12h-18h, nocturne le mardi jusqu’à 21 h, cat., Conversations 1982-2001, recueil d’entretiens de Bertrand Lavier, 208 p., 35 francs suisses (environ 145 F)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°130 du 29 juin 2001, avec le titre suivant : Concentré d’exposition

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