Mercredi 19 décembre 2018

Compositions d’autel, décorations à fresque, dessins, allégories… À la recherche de Charles Mellin

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 24 juillet 2007 - 377 mots

Comment définir la peinture de Charles Mellin ? Contemporain du Lorrain Georges de La Tour, il n’a rien en commun avec le « ténébrisme » jouant des clairs-obscurs du peintre de Vic-sur-Seille.

La pratique du dessin
Formé en Lorraine dans l’influence de l’art de Jacques de Bellange, il prend pourtant rapidement ses distances avec le maniérisme de ce dernier. Élève de Simon Vouet à Rome, il partage avec lui un même talent de coloriste et un goût identique pour les compositions monumentales, comme en témoigne L’Assomption de la Vierge (vers 1629-1630), dont la destination d’origine demeure inconnue,
mais pour laquelle Mellin a livré neuf dessins préparatoires. Nombre de ses dessins ont par ailleurs jadis été attribués à Nicolas Poussin.
Le Lorrain utilisait en effet une technique proche, combinant pierre noire, plume et lavis, à une différence près : alors que Poussin retouche constamment ses dessins, Mellin les considère comme des œuvres achevées et pratique très peu la rature. Sa peinture aux figures massives et aux tonalités tranchées n’a cependant rien de « poussinien ». L’Amour et la Fidélité (vers 1632-1635), inspiré du manuel d’iconologie de Cesare Ripa, a pour sa part longtemps été attribué à Guido Reni (1575-1642).

Les grands chantiers
Charles Mellin est donc un artiste que l’on pourrait qualifier d’éclectique ! Maître en allégories, il exerce son talent en Italie et excelle dans les grands décors. Autant de compositions toujours soigneusement préparées par une suite de dessins comme l’illustre L’Annonciation, l’un des nombreux dessins exécutés pour la grande commande de Saint-Louis-des-Français (1631), qui lui attire la notoriété en devançant Poussin et surtout Giovanni Lanfranco (1582-1647).
Plusieurs de ses grandes commandes ont malheureusement disparu, notamment l’ensemble exécuté pour l’abbaye bénédictine de Montecassino, victime des bombardements de 1944. Un grand tableau présentant Le Sacrifice d’Abel a été miraculeusement sauvé de la destruction. L’exposition en présente le ricordo, c’est-à-dire la copie exécutée par le peintre.
Les commissaires de la manifestation s’engagent aussi sur le terrain des attributions en exposant le grand tableau figurant La Lapidation de saint Étienne, conservé dans l’église éponyme de Caen. Rare sujet dramatiue laissé par Mellin, cette grande toile avait déjà été proposée par Pierre Rosenberg avant 1980. Et pour accréditer cette thèse, une esquisse préparatoire, détenue dans une collection particulière en Toscane et prêtée pour la première fois, accompagne la démonstration.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°592 du 1 juin 2007, avec le titre suivant : Compositions d’autel, décorations à fresque, dessins, allégories… À la recherche de Charles Mellin

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