Dimanche 25 février 2018

Marseille (13)

Comment les images accompagnent les armes

MuCEM jusqu’au 2 mai 2016

Par Colin Cyvoct · L'ŒIL

Le 23 mars 2016

Voici un fort regard porté sur l’histoire de l’Algérie. Une collection de documents – cartes militaires, tableaux, affiches, imageries populaires, photographies, films… – réunis pour la première fois, permet de mieux appréhender comment l’Occident et la France ont façonné leurs représentations de ce pays avant la colonisation française, puis de 1830 à 1962 et après l’indépendance.

L’Espagne, les Provinces-Unies des Pays-Bas, la France et le Royaume-Uni s’intéressent aux XVIIe et XVIIIe siècles, pour des raisons économiques, aux régences ottomanes de l’Afrique du Nord. Une très belle carte manuscrite datée de 1775 de Nicolas Berlinguero, Plano y Perfil de la Ciudad, y Bahia de Argel, associe un plan de la baie d’Alger et une vue de la côte depuis la pleine mer. L’exposition accorde également une large place aux cartes de l’Algérie du XIXe siècle réalisées par les topographes de l’armée française. « La carte n’est pas seulement le reflet de l’action militaire, mais l’accompagne, voire la précède en organisant un territoire idéal pour les colonisateurs. Les villages de colonisation sont l’objet de représentations en plan qui confirment l’emprise foncière des colonisateurs et l’exclusion des « indigènes », pourtant nécessaires à la vie économique du village », précise Hélène Blais dans le captivant catalogue de l’exposition. Cartographier un territoire nécessite de signaler les lieux habités. En Afrique du Nord, les Européens se trouvent confrontés aux notions de tribus (espaces aux contours flous) et de nomadisme. En 1846 paraît une Carte de l’Algérie divisée par tribus, la première distinguant les tribus sédentaires, avec la limite de leurs territoires, des tribus nomades, avec leurs régions de parcours, et des tribus mixtes, avec leurs « terres de culture et de parcours ». Tellement d’informations figurent sur cette carte que des parties entières en sont illisibles.

Peu d’espace est consacré, à la fin de l’exposition, aux représentations associées à l’Algérie contemporaine. On peut aussi regretter que les nombreux textes d’explications répartis dans les salles soient en français et en anglais, mais jamais en arabe, comme ce fut le cas lors de l’exposition « Algérie 1830-1962 » avec Jacques Ferrandez au Musée de l’Armée aux Invalides en 2012.

« Made in Algeria, Généalogie d’un territoire »

Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), 7, promenade Robert-Laffont, Marseille (13), www.mucem.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Comment les images accompagnent les armes

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