Commencer une collection gravée

Le Journal des Arts

Le 5 juin 1998

Moins chère que le dessin et d’une grande force expressive, l’estampe peut séduire le collectionneur en herbe autant que l’amateur chevronné. L’acheteur se laissera bien sûr guider par ses goûts, tout en gardant à l’esprit que le multiple est un domaine particulier qui exige quelques précautions.

Quoique multiple, l’estampe peut être une création autonome, conçue et réalisée par un artiste. On l’appelle alors estampe originale, par opposition aux estampes de reproduction ou d’interprétation qui s’attachent à transcrire, pour sa diffusion, un dessin, un tableau, voire une gravure. C’est généralement à la première catégorie que le collectionneur s’intéresse, bien que les travaux d’édition de Marc-Antoine Raimondi ou de Jacques Villon soient très recherchés.

Si les artistes contemporains signent et numérotent leurs épreuves, il n’existe pas de règle fixe d’authentification avant le XXe siècle : certains peintres modernes ont apposé leur autographe sur des reproductions ; des cuivres de Rembrandt ont été utilisés jusqu’au début du siècle, et de nombreuses copies de Callot, réalisées au XVIIIe siècle, circulent sur le marché. Il paraît donc sage de se tourner vers un marchand réputé lorsqu’on désire acheter une estampe, ancienne ou moderne.

Le galeriste Hubert Prouté souligne par exemple l’importance de retracer le passé d’une épreuve et de sa matrice : “La disparition assez précoce du bois de l’Apocalypse de Dürer donne d’autant plus de valeur aux estampes conservées. À l’inverse, il faut se méfier des planches qui ont longtemps circulé.” Les premiers états, c’est-à-dire les premières impressions d’une matrice, sont à rechercher en priorité, pour leur qualité. Pour le marchand de la rue de Seine, “mieux vaut acheter une belle épreuve d’un petit maître plutôt qu’une mauvaise épreuve d’un grand nom”.

Un précepte facile à mettre en pratique pour l’estampe contemporaine, où sont indiqués le tirage et le numéro de l’épreuve. La galeriste Michèle Broutta tempère néanmoins la signification de ces chiffres : “Le centième tirage d’un burin sera toujours de la même qualité, alors que l’aspect d’une pointe sèche se modifie dès le vingtième tirage. Tout dépend de la technique”.

Pour tous les goûts
Tout dépend aussi des intentions de l’acheteur. “Un collectionneur chevronné peut s’intéresser à des épreuves d’état, tirées par l’artiste après chaque modification de la matrice et qui montrent la progression de son travail.” Généralement moins chères du vivant du créateur, puisqu’elles sont inabouties, elles peuvent devenir par la suite de véritables pièces de musée, en raison de leur caractère unique. Michèle Broutta souligne que “l’amateur qui veut “un nom” peut très bien s’orienter vers le livre illustré, à moins qu’il ne préfère dénicher de jeunes talents, sortis des Beaux-Arts.” La gamme est donc large. Entre 200 et 3 000 francs, on trouve un choix d’œuvres contemporaines déjà intéressant. Pour les pièces anciennes, des petits maîtres du XVIIIe siècle sont accessibles à 250 francs. Mais là comme pour la période moderne, les prix peuvent aussi se compter en centaines de milliers de francs.

Dernier point : l’état de conservation d’une estampe constitue un facteur essentiel, notamment à partir du XVIIIe siècle. Au moment de l’achat, il faut donc observer par transparence le papier, pour y déceler tout signe d’altération ou de restauration. Et ne pas oublier, une fois en possession de la précieuse œuvre, de la protéger de l’humidité et de la lumière directe, sous peine de la voir se dégrader rapidement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°62 du 5 juin 1998, avec le titre suivant : Commencer une collection gravée

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