Vendredi 18 janvier 2019

Citizen Game

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 février 2003 - 341 mots

À quoi peut bien ressembler une ville imaginée par des artistes en ce début de millénaire ? Selon la sélection opérée à Quimper, à un cauchemar. On est loin des délires utopiques des avant-gardes et des lendemains qui chantent. Désormais les mondes urbains, qu’ils soient de l’architecte belge Luc Deleu, du couple russe d’Iced architects (Alexie Kononenko et Ilya Vosnessensky), du Britannique Paul Noble, du Norvégien Sven Påhlsson ou du couple Marie Berdaguer et Christophe Péjus, sont productifs, déshumanisés et presque aliénants. Tous les travers d’un idéal urbain sont analysés dans des projets délirants, à moins qu’ils ne soient visionnaires. Chacun des invités propose son élucubration urbaine ; de la Ville inadaptée de Deleu au quartier de synthèse de Sprawlville extrapolé par Påhlsson à partir des banlieues américaines conçues dans les années 1950, tout est prévu dans ces nouveaux mondes, surtout l’échec et l’enfermement. Paul Noble a imaginé des bâtiments/lettres qui écriraient le nom de sa ville – Nobson Newtown – sorte de mégalomanie architecturale rappelant étrangement le projet délirant de Ceausescu qui projetait de faire écrire son nom par de grandes barres d’immeubles. On trouve un Nobspital et un Nobpark dans cette création « architextuelle » en expansion dont l’artiste est l’unique occupant. Berdaguer et Péjus ont, quant à eux, inventé une Ville hormonale, programmée pour agir directement sur l’habitant, son corps et son esprit. Grâce à diverses manipulations chimiques, biologiques ou physiques, le citoyen sera totalement pris en charge.
Ce projet se divise en quartiers thématiques : quartier A pour le sport et l’agrément physique, B pour l’amour et l’activité sexuelle, E pour le réconfort (avec épandage d'antidépresseurs et d’anxiolytiques), G pour la neurasthénie, J pour la production (avec de la lumière pour déclencher la sécrétion de mélatonine) et K pour les vacances avec bronzage artificiel. L’effroi est à la hauteur de la tentation. En pensant autrement la ville, ces artistes anticipent les dérives d’une construction qui voudrait trop bien faire.

QUIMPER, Le Quartier, Centre d’art contemporain, 10, esplanade François Mitterand, tél. 02 9855 55 77, jusqu’au 9 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : Citizen Game

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