Cinq siècles d’art à Venise

\"De l’État au mythe\" parcourt l’histoire de la Sérénissime

Le Journal des Arts

Le 25 septembre 2009

État ivre de son pouvoir au XVIe siècle, République décadente mais très attentive à son image et à son autocélébration au XVIIIe, Venise finit par s’effondrer en 1797, davantage en raison d’une incapacité à se régénérer que sous la pression des événements extérieurs. Tel est le parcours qu’illustre l’exposition de la Fondation Cini, à Venise.

VENISE (de notre corrrespondante). Tous les symboles du pouvoir de la cité lacustre sont abordés dans l’exposition "De l’État au mythe". La Sérénissime du XVIe siècle se reconnaît dans l’étendard de saint Marc par Carpaccio ; elle représente ses doges, exalte l’épisode de la bataille de Lépante avec Véronèse et Palma le Jeune. La Venise du XVIIIe siècle célèbre ses fastes – réceptions d’ambassadeurs, arcs de triomphe, cortèges de vaisseaux, de barques et de gondoles –, qu’immortalisent Guardi, Canaletto, Longhi et Tiepolo. Et le dernier acte de l’État – Bonaparte au col du Grand Saint-Bernard – est indirectement évoqué par un grand peintre français, Jacques-Louis David.

Du romantisme au XXe siècle
Aussitôt après, commence le mythe. "Lorsque Venise était encore un État, les artistes "étrangers" qui y venaient finissaient par s’établir dans la ville et par être assimilés, tels Sanso­vino, Luca Giordano, Bernardo Strozzi et tant d’autres", explique le professeur Feliciano Benvenuti, président de la Fondation Cini. La chute de la République et la réduction des commandes aristocratiques en provenance de l’Europe sont des conditions nouvelles pour les artistes, qui arrivent souvent en bandes et nourrissent le mythe. L’esprit romantique se diffuse au début du XIXe siècle, et il n’y pas de ville qui puisse mieux exprimer le sens de la mort et de la décadence. C’est la partie négative du mythe, à laquelle s’oppose la reprise de la composante "védutiste" de l’art vénitien, si manifeste dans la Venise transfigurée de William Turner, véritable anticipation de l’Impres­sionnisme. Manet, Renoir et Monet, en différentes années, illustrent justement la contribution de cette école au mythe, tout en ouvrant le chapitre du XXe siècle. Il n’existe pas de mouvement artistique, dans notre siècle, qui n’ait trouvé à Venise un motif d’inspiration. Le Sym­bolisme d’un Odilon Redon, l’Expres­sionnisme d’un Kokoschka, le Spatialisme même d’un Fontana : tous trouvent sur la lagune à décliner leur langage propre. Après l’angle proprement artistique qu’aborde cette présentation, les aspects politiques et administratifs seront explorés dans deux autres expositions programmées pour l’automne, au Musée Correr et au Palais ducal.

VENISE, DE L’ÉTAT AU MYTHE, jusqu’au 30 novembre, Fondation Cini, Isola di San Giorgio, Venise, tél. 39 41 52 89 900, tlj sauf lundi 10h30-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°43 du 12 septembre 1997, avec le titre suivant : Cinq siècles d’art à Venise

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