Dimanche 16 décembre 2018

Cinq millénaires de jade

L’\"or\" chinois exposé au Musée Cernuschi

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 26 septembre 1997 - 414 mots

Depuis le Néolithique jusqu’au début du XXe siècle, le jade n’a cessé d’être recherché en Chine pour ses qualités esthétiques et ses vertus propitiatoires, qui en ont fait l’un des supports privilégiés de la production artistique. Le Musée Cernuschi se devait d’y consacrer une exposition. Une sélection de 129 pièces issues de la collection Avery Brundage, de l’Asian Museum de San Francisco, nous introduit à 5000 ans d’histoire de ce matériau précieux.

PARIS. L’Asian Museum de San Francisco peut se vanter de posséder l’une des plus belles et des plus complètes collections de jades chinois, grâce à la générosité d’Avery Brundage (1887-1975). Rien ne prédestinait ce self-made man du Middle West à réunir un tel trésor. Après une carrière de sportif à haut niveau (il participe aux Jeux Olympiques de 1912), Brundage se découvre tardivement une passion pour l’art chinois et amasse à partir de 1935 pas moins de 1 200 jades. Exigeant dans ses choix, il sélectionne minutieusement ses achats en acquérant seulement des pièces présentant un intérêt historique. Au Musée Cernuschi, les Parisiens ont enfin l’occasion d’accéder à l’antichambre de cet univers fabuleux. Un parcours chronologique les mènera des pièces archéologiques du IIIe siècle av. J.-C. aux objets d’art décoratif commandités dès le XIIIe siècle par les riches cours des Yuan, des Ming puis des Qing. À travers ces pièces – parures, armes rituelles, présents funé­raires –, on distingue nettement la profonde fascination qu’a exercé le jade sur les Chinois, pour lesquels il était le matériau de luxe par excellence, l’équivalent de l’or en Occident. Doué de qualités magiques, le jade était réputé assurer l’immortalité dans l’au-delà, rendre invulnérable le combattant et renforcer le prestige des personnes qui en étaient parées. L’exposition atteint son point d’orgue avec les objets des XVIIIe et XIXe siècles (dynastie des Qing). À cette époque, les ateliers de la région de Khotan (Xinjiang) sont sous l’emprise de l’empereur et satisfont les commandes les plus excentriques de la cour. Des pièces toutes "baroques", avec des motifs de créatures mythiques (oiseaux, dragons, personnages fantastiques...), présentent des formes complexes et torturées qui sont de véritables tours de force techniques. La Chine se lancera par la suite dans des productions massives à destination des marchés étrangers, entraînant le déclin de l’art du jade.

PIERRES D’IMMORTALITÉ. JADES CHINOIS DE L’ASIAN MUSEUM DE SAN FRANCISCO : LA COLLECTION AVERY BRUNDAGE, jusqu’au 4 janvier, Musée Cernuschi, 7 avenue Vélasquez, 75008 Paris, tél. 01 45 63 50 75, tlj sauf lundi et jours fériés, 10h-17h40.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°44 du 26 septembre 1997, avec le titre suivant : Cinq millénaires de jade

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